Ancien élève de l’École Supérieure de Commerce de Lille, Vice-Président Systèmes d'Information du Groupe Sanofi-Aventis, Bruno MENARD, est à 44 ans, le nouveau Président du Cigref. Il nous dévoile dans cet entretien son parcours, sa vision du secteur IT, la crise financière mondiale et ses projets pour le Cigref.
A l’occasion de l’assemblée générale annuelle du Cigref en octobre 2008, vous
avez été élu Président du Cigref. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs
?
J’ai quarante quatre ans et j’ai une formation d’école de commerce avec une
spécialisation financière et comptable. J’ai démarré ma carrière au sein du
groupe Sanofi Aventis en 1987 dans le département financier. Jusqu’en 1993, j’ai
occupé des postes dans cette filière au siège, aux Etats-Unis et en régie.
Ensuite, j’ai basculé dans des fonctions plus opérationnelles puisque j’ai
travaillé sur des plans stratégiques aussi bien en Amérique Latine qu’en Asie.
De 1994 à 1996, j’ai été Directeur général de filiales en Asie (Singapour et
Philippines). Je suis rentré en France depuis 1997 pour occuper des postes à
vocation commerciale tant en support qu’en relation directe avec les grossistes.
En tant que financier, comment êtes-vous arrivé aux systèmes d’information
?
Je suis arrivé à la filière système d’information par la voie de projets en
assurant la maîtrise d’ouvrage de projets pour les forces de ventes et
marketing. Par la suite, j’ai assuré la maîtrise d’ouvrage de projets
informatiques puis un autre projet SAP. C’est à la suite de la réalisation de
ces missions que le groupe Sanofi Aventis m’a proposé, en 2001, de prendre la
responsabilité de la direction des systèmes d’information. Je pense
qu’aujourd’hui, la fonction DSI, comme plusieurs autres d’ailleurs, participe à
la réalisation des performances de l’entreprise. De ce fait, elle ne doit pas
être considérée comme une fonction d’expertise ou exclusivement technique mais
plutôt comme une fonction de management. On verra de plus en plus émerger des
DSI au profil généraliste plutôt que technique.
Qu’est-ce qui vous passionne
le plus dans cette fonction ?
C’est une fonction qui présente une telle
diversité d’action et un très large champ d’intervention en interaction avec
tous les autres métiers de l’entreprise. C’est ce qui explique la passion que
j’ai pour cette fonction. Je considère le système comme un centre de décision
avec plein de défis à relever, beaucoup de management combinant à la fois des
problématiques stratégiques et opérationnelles à gérer au quotidien. C’est une
richesse que l’on ne retrouve pas forcément dans les autres fonctions de
l’entreprise.
Depuis octobre 2008, vous êtes le nouveau Président du Cigref
pour un mandat de deux ans. Cette nomination coïncide avec la crise financière
mondiale. Est-ce un hasard de calendrier ou une volonté de mettre en selle un
profil financier pour faire face à la crise ?
Je crois que le choix du
Conseil d’administration du Cigref est plutôt basé sur mon profil de généraliste
symbolisant une nouvelle génération de DSI. Je pense que la fonction a évolué et
intègre désormais une forte composante managériale. Nous devons néanmoins faire
face à la crise qui, pour le moment, est moins marquée en Europe qu’aux
Etats-Unis. Nous nous attendons à faire face à une année 2009 particulièrement
difficile. Tous les secteurs serons touchés mais à des degrés différents. Le
secteur bancaire est affecté comme l’est aussi le secteur automobile. Cela aura
forcément des répercussions dans la sous-traitance. Le secteur de la
distribution commence également à être touché à son tour.
En entreprise, la
DSI n’est pas la seule direction à être confrontée à la crise ?
Comme toutes
les autres fonctions, nous devons être vigilants notamment sur les actions à
court terme. On n’a pas attendu la crise pour mettre en place des règles de
gouvernance sur les projets, pour être vigilants sur les investissements et sur
les bonnes pratiques en termes d’évaluation de ROI sur les projets. Cela pose à
nouveau des exigences en termes de ressources par rapport à ce qu’on avait
auparavant. Mais le risque réside sur le fait que d’importants projets liés à
l’innovation sont reportés. Quand on sait que l’innovation est porteuse de
valeur ajoutée, les DSI doivent saisir cette opportunité pour sensibiliser sur
les bonnes pratiques en matière de gouvernance IT et sur l’innovation.
Avez-vous constaté une tendance baissière dans l’exécution des budgets DSI
depuis le début de cette année ?
Jusqu’à la fin 2008, les enveloppes
budgétaires été prévues et planifiées longtemps en avance. Mais depuis le début
de cette année, Il y a manifestement un attentisme pour le premier trimestre.
Traditionnellement, les budgets sont souvent montés sur un rythme calendaire
annuel. C’était du 1er janvier au 31 décembre, le premier trimestre étant la
période de lancement des projets. Avec la persistance de la crise, les DSI
seront désormais amenés à être plus regardants et à revoir les niveaux de
services qu’ils ont passés avec les sous-traitants.
A fortiori pour les
contrats de maintenance sur des licences de logiciels ou des équipements, les
DSI s’assureront d’avoir bien compté le nombre de licences nécessitant un
contrat de maintenance pour être certains qu’ils ne paient pas pour rien. En
clair, ils vont davantage s’assurer d’utiliser strictement ce qu’ils paient aux
fournisseurs. Tant qu’il n y a pas de meilleure visibilité, les DSI seront moins
enclins à engager des investissements au risque de pénaliser
l’innovation.
Allez-vous marquer une rupture par rapport aux politiques
menées par vos prédécesseurs ?
Il n’y aura pas rupture avec le travail fourni
par mes prédécesseurs. Ce sera plutôt une continuité très nette car le Cigref
est une association d’entreprises qui porte bien ses 39 années d’existence. Nos
activités reposent sur un socle basé sur des valeurs communes autour de
l’appartenance, de l’intelligence et de l’influence. Comme par le passé, nous
formons une communauté d’utilisateurs qui se rencontrent et discutent pour
partager ces valeurs. Le Cigref est présent sur des points d’influence notamment
auprès des commissions mises en place par les pouvoirs publics pour réfléchir
sur l’économie numérique. Sous ma présidence, nous marquerons une accélération
en phase avec le remarquable travail de mes deux derniers prédécesseurs
(Jean-Pierre CORNIOU et Didier LAMBERT NDRL) notamment en matière de recherche.
Nous accélérerons également le démarrage d’un grand projet de recherches avec un
cercle d’universitaires représentant les chercheurs issus de grands pays. Ce
sera justement pour tirer les enseignements sur l’informatisation des
entreprises durant ces 40 dernières années pour ensuite mettre en valeur le
développement des technologies pour les années à venir. Il s’agit du programme
de recherche internationale ISD (Information Systems Dynamics) véhiculé par la
fondation Cigref qui est basé à Sophia Antipolis et dont le but est d’évaluer la
dynamique des usages professionnels des Systèmes d’Information et d’anticiper
leur impact sur le management futur des firmes (2010-2030). Bien entendu, nous
poursuivrons les discussions avec les grands fournisseurs.
En dehors du
programme ISD, quels sont les autres projets en cours de mise en place
?
Chaque année, nous publions des livres blancs, nous participons à des
conférences pour donner nos points de vue sur tous les domaines qui concernent
le secteur IT et son développement. Cette année, par exemple, nous travaillons
sur l’informatique écologique et responsable (Green IT NDRL) mais aussi sur les
outils de collaboration qui sont devenus une vraie tendance vers laquelle
s’orientent beaucoup de nos entreprises membres. Nous continuons de travailler
sur les référentiels des métiers et des compétences…. Ce sont là les fonds de
roulement du Cigref. Tous ces travaux sont pilotés par les DSI durant toute
l’année.
Dans un autre registre, nous avons, en collaboration avec le cabinet
Mc Kinsey, travaillé sur la gouvernance des systèmes avec les métiers. Ce qui
nous a permis de préciser les contours de cette gouvernance avec la conclusion
suivante : la création de valeur ne peut se réaliser qu’en partenariat étroit
entre les métiers et les SI. Nous essayerons d’aller plus loin pour mieux
modéliser cette gouvernance en termes de pratique afin de mieux la piloter en
tant qu’outil de création de valeur pour l’entreprise.
L’informatique
nouveau pétrole des pays émergents, partagez-vous cette idée ?
Je ne sais pas
si on peut comparer l’informatique au pétrole, mais ce qui est certain c’est
qu’elle pourrait être un facteur de développement pour l’Afrique. Aujourd’hui,
on ne peut concevoir une seule organisation sans l’outil informatique. En
Afrique francophone, la multiplication des sites offshore illustre parfaitement
le potentiel de développement que renferme le secteur IT. L’exemple de
Casaneashore au Maroc et d’autres montrent que le secteur peut beaucoup apporter
à l’Afrique.
Qu’est-ce que vous pensez d’Afrocio, le projet de plate-forme au
service des DSI africains ?
Je souhaite aux DSI africains de vivre la même
aventure que celle qui a été vécue et que continue de vivre les DSI membres du
Cigref. Depuis bientôt 40 ans, le Cigref a toujours été la chambre d’échos du
développement de l’informatique dans les grandes entreprises. C’est là où les
DSI se rencontraient pour débattre des grandes tendances, des grands défis. Plus
récemment, c’était le passage à l’an 2000 qui a été un moment fort dans la vie
de notre association. Pendant quelques années, nous avons vécu les mutations
liées à l’introduction de l’Internet dans le monde de l’entreprise.
Je
souhaite aux DSI africains de créer cette communauté, cet espace d’échanges à
travers AfroCio pour qu’entre pairs ils puissent échanger sur des problématiques
dans un espace unique et totalement libre. Cette écoute et cette qualité
d’échanges, en tant que DSI, on ne peut l’avoir qu’entre pairs et dans un cadre
que s’y prête.
Source : Cio Mag Le 03/04/2009 Interview par Mohamadou
DIALLO, Directeur de la publication
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