Quelle que soit la façon dont nous nommons celui qui envahit nos écrans d’ordinateurs et maintenant de smartphones, à toute heure du jour… son premier nom de baptême fut « Netmail » (diminutif de Network Mail) : voici son histoire !

Ce jour-là, le CIGREF n’était pas bien vieux… à peine un an après que Pierre Lhermitte, son premier président, ait déposé ses statuts, à l’autre bout de la planète, un certain Ray Tomlinson, ingénieur de la société Bolt Beranek and Newman au service du Gouvernement américain sur le projet Arpanet, crée 2 programmes. L’un, Send Message, associé à ReadMail, permettant aux utilisateurs d’un même ordinateur de se laisser des messages, et l’autre, CPYNet, pour copier des fichiers simultanément sur chacun des quinze premiers ordinateurs du premier réseau Arpanet. « Et si je les associais pour permettre d’envoyer les messages d’un ordinateur à l’autre » ? Mais c’est bien sûr ! 200 lignes de codes plus tard, plus 2 boites à lettres créées sur deux machines voisines, et le premier Netmail effectuait son premier  « voyage » de quelques mètres !

Mais qu’importe la distance, le processus était lancé et pouvait se reproduire entre des ordinateurs situés à des milliers de kilomètres ! La prose du premier message électronique entre les deux ordinateurs d’Arpanet n’eut rien de symbolique… ce furent les lettres de la première ligne du clavier !

La communauté d’ingénieurs s’approprie très vite cette technologie et bientôt des centaines messages s’échangent entre les ordinateurs du réseau Arpanet. Au point qu’il devient leur canal de communication privilégié.

Certes, en amont de cette « première », on peut aussi se souvenir d’ordinateurs fonctionnant en temps partagé qui avaient déjà utilisé le « Compatible Time Sharing System » conçu par le MIT en 1960 pour échanger des messages. Mais le premier message électronique tel que nous le connaissons aujourd’hui revient à Ray Tomlinson qui a également « inventé » l’adresse e-mail en lui attribuant le très symbolique @ !

Quelques mois plus tard, l’outil s’enrichit d’un programme permettant de trier les messages par date et par objet. Les améliorations se succèdent ensuite jusqu’aux premiers logiciels capables de combiner envois et lecture des messages. Dès 1973, les messages électroniques représentent 75% du trafic du réseau Arpanet.

En 1975, John Vittal développe un programme nommé « MSG » qui permet de classer plus facilement les messages électroniques. Et surtout, il ajoute les fonctions « répondre » et « transférer » telles que nous les connaissons actuellement.

Quand l’usage du mail déborde la technologie !

Très vite, se crée la première liste de diffusion MsgGroup, puis une liste, non-officielle mais très populaire, consacrée à la science fiction !

Face à l’appropriation exponentielle de la messagerie électronique, l’envoi de mails devient la fonction principale du réseau. Même la reine Elizabeth II envoie un message électronique depuis les laboratoires du Royal Signals and Radar Establishment !

Le courrier électronique s’est ainsi développé pour des échanges interpersonnels et non plus seulement à des fins d’échanges scientifiques, sans l’aval des concepteurs du réseau Arpa qui n’avaient pas prévu cet engouement. La prise de conscience du caractère irréversible s’officialise en 1978 dans un rapport d’évaluation : « Il ne fait aucun doute que la technologie du courrier en réseau, développée en collaboration avec le programme Arpanet, va bientôt se répandre dans tout le pays et changer radicalement les techniques de communication aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé ».

Michel Kalika, Directeur de L’Ecole de Management de Strasbourg, a d’ailleurs expliqué lors du colloque de septembre 2009 organisé par la Fondation CIGREF que « dans le développement des technologies de l’information, il y a des effets inattendus ou paradoxaux. La facilité d’utilisation d’un outil va avoir une influence sur l’attitude. Si l’attitude est positive, on va avoir l’intention d’utiliser. La facilité d’utilisation développe aussi ce que l’on a appelé l’utilité perçue qui va aussi renforcer l’attitude envers l’utilisation ».

Pour revenir à l’histoire du courrier électronique, le 3 mai 1978, rançon de la gloire, un commercial de la société informatique DEC adresse le premier spam ! Il est adressé à 393 personnes pour les inviter à découvrir le tout nouveau 2020. Les administrateurs du réseau eurent beau protester vigoureusement auprès de la société DEC, le spam était né, avec l’avenir qu’on lui connait : plus de 100 milliards de pourriels sont envoyés par jour !

Le petit visage souriant du mail…

En septembre 1982, Scott Fahlman, chercheur américain, éprouve le besoin de différencier les messages électroniques « sérieux » de ceux qui peuvent être pris à la légère ou qui relèvent de l’humour. Pour cela, il invente le « smiley » ! Il matérialise le symbole sous la forme d’une suite de caractères [ 🙂 ], en indiquant : « Lisez-le de côté » !
Le smiley est une interprétation graphique suggérant les intonations de la voix, l’expression du visage. Il fut très vite adopté au sein de l’université de recherche Carnegie Mellon à Pittsburgh en Pennsylvanie, avant de se répandre dans les autres universités et laboratoires de recherche, puis décliné avec de très nombreuses variantes.

A noter que la petite icône jaune est apparue dans la vraie vie avant le courrier électronique. Ce fut dans l’univers graphique, dès 1963, sous le crayon d’un artiste, Harvey R. Ball, chargé de trouver le moyen de remonter le moral du personnel d’une entreprise de Worcester sous le coup d’une fusion. Il réalisa des pins avec ces petits visages jaunes souriants.

La messagerie s’échappe sur Internet…

En 1989, MCI et Compuserve permettent une passerelle sur Internet entre leurs messageries respectives. Trois ans plus tard, Compuserve propose la première fonction WYSIWYG, permettant la mise en forme du contenu du message électronique. Ils peuvent ainsi s’enrichir d’un choix de polices de caractère, de couleurs et d’émoticônes.

En 1993, AOL propose un service e-mail sur Internet et en 1994 Netscape intègre au navigateur gratuit un module de courrier électronique.

Le service de messagerie Hotmail voit le jour en 1996 et dépasse en quelques mois, le cap des 100.000 utilisateurs

C’est en 2004 que Google propose à son tour son service de messagerie gratuite Gmail, avec une capacité de stockage de 1 Go, intégrant les technologies AJAX.

En 2007, Yahoo! Mail est le premier service de messagerie en ligne a annoncer une capacité de stockage illimitée.

Au rang des outils de « messagerie traditionnelle », celui qui deviendra très vite leader, outlook express proposé par Microsoft voit le jour en 1997. Et en 2004, la fondation Mozilla a lancé son logiciel de courrier électronique Thunderbird pour faire obstacle au leader Microsoft outlook.