Histoire parallèle de l’informatique et des entreprises

Publié le lundi 10 avril 2017

50 ans d’histoire informatique, de la 1ère tabulatrice à la naissance du CIGREF…

On peut remonter l’histoire de l’informatique à l’apparition des premiers signes écrits ! En effet, le numérique n’est-il pas une véritable « révolution de l’écriture » et de ses objets, histoire retracée depuis « le calculi » (-3.300) jusqu’aux objets connectés… (infographie).

Mais c’est aussi l’aventure d’une relation indissociable et fluctuante entre  informatique et entreprises, selon que celles-ci se trouvent être « fournisseurs » ou « utilisatrices » des technologies ! C’est de cette dualité et de l’importance de ce nouveau « pari informatique » pour les entreprises et la société qu’en 1970 est né le CIGREF, acronyme de « Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises ».

En termes d’histoire, ce n’est que lorsqu’un certain nombre de grandes organisations adoptent une technologie, qu’elles sont confrontées à différents problèmes d’usage liés à cette technologie, qu’un écosystème se constitue, s’organise, échange. Dès lors, elle marque sa période.

De la mécanographie à l’informatique de gestion…

Cette histoire informatique fait ses premiers pas et cherche son équilibre pendant quelques 50 ans, très courte période à l’échelle des évolutions précédentes (imprimerie, électricité…). Elle se situe de l’apparition de la mécanographie à son évolution vers l’informatique de gestion.

Pour reconstituer la timeline de « l’histoire de l’informatique de gestion », elle-même prélude à « l’histoire de l’informatique », il est donc important d’associer les évolutions technologiques à ce contexte : les entreprises et le développement de leur écosystème sociétal. L’exhaustivité s’avérant quasiment impossible, nous avons relevé quelques repères significatifs…

Sur le plan sociétal, la mécanographie a accompagné l’augmentation de la productivité du travail administratif. Le remplacement de l’utilisation des machines à cartes perforées par des ordinateurs et l’invention du terme « informatique » marqueront symboliquement le passage de la mécanographie à l’informatique de gestion. L’arrivée des ordinateurs ne renverra plus uniquement à la productivité (tâches automatisées), mais à l’amélioration de la qualité de la gestion. L’association des ordinateurs aux fonctions de conception et de direction donnera naissance à la notion d’informatique dans le champ économique.

Entreprises et technologies informatiques créent leur écosystème…

En 1921, il était une fois l’arrivée de la première tabulatrice ! Machine présentée par Frédérick BULL pour laquelle il dépose un brevet de trieuse-enregistreuse-additionneuse avec cartes perforées. La presse spécialisée réservera un bon accueil à la machine de BULL. D’autant plus qu’elle vient s’immiscer dans le quasi-monopole ambiant des premières machines mécanographique créées par Hollerith, qui deviendra IBM (International Business Machine Corporation) en 1924.

Cette rivalité entre les machines BULL et IBM est certainement emblématique de la concurrence farouche qui va s’engager sur le nouveau marché potentiel de l’informatique de gestion.

Dans le processus d’adoption de la technologie on voit par exemple, en 1925, l’utilisation des machines à cartes perforées dans un but de gestion par les Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP).

En 1944, le contexte technologique s’élargit avec la création du Centre National d’Etude des Télécommunications. Le CNET se place dans une série de créations de centres de recherche nationaux visant au développement d’une recherche scientifique susceptibles de déboucher sur des applications industrielles. L’objectif est de permettre l’indépendance industrielle de la France et d’accélérer l’équipement téléphonique du pays. Cette action est relayée et appuyée par le Gouvernement provisoire au sortir de la guerre.

1945 verra la naissance de l’ENIAC (Electrical Numerical Integrator And Computer), machine reconnue pour être le premier ordinateur entièrement électronique, performant et rapide (dont la programmation est dirigée par 6 femmes).

1947 sera une étape importante dans l’histoire de l’informatique, avec l’invention du transistor (deux électrodes sur un cristal de germanium) par John Bardeen, Walter Brattain et William Shockley. Cette invention, réalisée au sein des laboratoires BELL, est une alternative aux tubes électroniques qui transforme radicalement l’ordinateur.

On peut noter, en termes d’adoption des usages, la création en 1948 de la Compagnie des Centres Mécano-comptables (CCMC) par des membres de l’ordre des experts-comptables et des comptables agréés pour le traitement des travaux de gestion comptable de leurs clients. Et côté organisation de l’écosystème, la création en 1951 du SICOB (salon de l’informatique, de la communication et de l’organisation du bureau), va rassembler chaque année les professionnels de l’informatique.

En 1956, sortie du TRADIC (TRAnsistor DIgital Computer) mis sur le marché par BELL. Il est le premier ordinateur à transistor et ouvre la voie à cette seconde génération d’ordinateurs.

La même année, le Groupe Drouot (à l’origine d’AXA), constitué par l’alliance de sept compagnies d’assurance du secteur privé ayant mis en commun leur gestion administrative, s’équipe de 6 tabulatrices IBM (avec leurs machines annexes : trieuses, interclasseuses, reproductrices, perforatrices et vérificatrices), et d’une calculatrice IBM 604. La même année, la paie est désormais faite par ordinateur chez Poclain.

En 1958, BULL, la marque française concurrente d’IBM, sort le Gamma 60, première machine multitâche comportant plusieurs processeurs. Au total, 20 machines sont produites, en majorité achetées par l’administration française. Quant à IBM, la marque équipe le Groupe Drouot du premier ordinateur à grande puissance utilisé en Europe dans l’assurance, l’IBM 705. C’est cette machine qui traitera la prise en charge des conséquences de l’assurance automobile, obligatoire à partir de 1959.

À partir de 1959, le transistor devient fiable et abordable et constitue l’élément de base des ordinateurs. La conséquence est une diminution de la maintenance et des coûts de fonctionnement. C’est cette année-là qu’IBM lance le 1401, machine destinée aux entreprises et l’une des plus connues parmi les premiers ordinateurs transistorisés.

C’est également en 1959 que John Kilby, ingénieur chez Texas Instrument, dépose un brevet pour l’invention du circuit intégré (solid circuit) ou puce (chip).

En 1960, la SNCF installe l’ordinateur français de BULL, le Gamma 60, à la gare d’Auteuil. La première application traitée sur cette machine est la solde. Elle faisait l’objet d’un traitement mécanisé depuis déjà 35 ans. Les débuts de l’informatisation de la plupart des entreprises concernent les applications de gestion administratives : solde, comptabilité, gestion des stocks, statistiques diverses.

1964 voit la sortie de la série IBM 360, gamme d’ordinateurs sensée couvrir la totalité des besoins d’une entreprise. La notion de « compatibilité » de programme de ces ordinateurs remporte un vif succès qui confère à IBM une position de repère sur le marché mondial. Les constructeurs concurrents doivent se positionner par rapport à ce « standard ».

S’engage alors une évolution notoire des pratiques au sein des entreprises. La SNCF commence à réfléchir au problème du temps réel ; Air France étudie l’automatisation complète de la réservation ; Le Groupe Drouot met en place le premier système de télétraitement dans l’assurance au monde. C’est l’amorce de la gestion « sans papier ». Mais l’informatisation des entreprises se heurte à des limitations technologiques qui obligent parfois à restreindre les projets dans l’attente des évolutions futures !

Quand l’informatisation devient un enjeu stratégique pour les entreprises…

En mai 1966, les Américains refusent la livraison au CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) d’un Control Data 6600, qui devait permettre une accélération des calculs. Ce refus aurait motivé le lancement du « Plan Calcul » destiné à assurer l’indépendance du pays en matière de calculateurs.

1967 voit la création de l’INRIA, Institut national de recherche en informatique et en automatique, dont l’ambition est de mettre en réseau les compétences et talents de l’ensemble du dispositif de recherche français, dans le domaine des sciences et technologies de l’information.

En 1968, La CII, Compagnie Internationale pour l’Informatique créée en décembre 1966, lance le premier calculateur français du « Plan Calcul », l’Iris 50.

Dès cette période on constate l’existence effective d’un écosystème de l’informatique de gestion au sein duquel des espaces de communication dédiés ont vu le jour, avec l’apparition de revues comme « 01 Informatique » par exemple.

1969 est marquée d’une part par la sortie d’UNIX, système d’exploitation multitâche et multi-utilisateur à usage principalement professionnel. Créé dans le cadre des recherches des Bell Labs, il est distribué par la Compagnie de télécommunications. Son code source est mis à disposition des universités à un prix modique.

D’autre part, l’année 1969 sera une date majeure puisqu’elle verra la mise en réseau de quatre ordinateurs de l’Université de Californie. Ce sont les premiers pas d’Arpanet, ancêtre d’Internet, premier réseaux d’ordinateurs !

1970, naissance du CIGREF dont l’article 2 des statuts indique : « Cette Association a pour objet de rassembler les grandes entreprises françaises utilisatrices d’importants systèmes informatiques, de façon à promouvoir en commun les conditions d’emploi les plus efficaces de ces matériels »…

Sur le plan sémantique…

Le vocabulaire est un marqueur culturel, reflet de son évolution. Si le mot « ordinateur » est né en 1955 dans une lettre écrite par Jacques Perret, professeur de philologie à la Sorbonne, adressée à Emile Nouel, directeur local d’IBM, il faudra attendre 1962 pour voir apparaitre le terme « informatique » en France. Il sera utilisé pour désigner l’entreprise d’un ancien directeur de l’entreprise BULL, et officiellement retenu par l’Académie Française en 1967.

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