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Entreprises & Culture Numérique
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Ethique et performance de la numérisation
La démultiplication de la puissance de production, via les outils et flux numériques de la vie personnelle
et professionnelle, pose question d’un
Ramenée à l’
homo faber
(
l’homme outillé), la
performance durable, sans faille, sans faiblesse physique, renvoie à la machine, à l’image d’un être numérique
optimisé. On peut considérer le corps humain comme un ensemble de processus mécaniques, que l’on
peut réparer lorsque l’un d’entre eux est défaillant. On peut vouloir améliorer ces processus : on parle alors
d’interfaces cérébrales, d’implants cybernétiques, de nanotechnologies renforçant le système immunitaire.
Cette perspective d’une expansion progressive du numérique dans le biologique, ne relève plus de la science-
fction. Les recherches depointeen robotique ; l’internet des objets, avec les puces RFIDcataloguant sous forme
numérique lesobjetset levivant ; la réalitéaugmentée fusionnant sousnos yeux lacarteet le territoiregrâceàun
surplus d’informations non-lisibles dans l’environnement ; la biométrie ; le GPS… Il est évident que les
technologies augmentent les possibilités offertes à l’homme de numériser progressivement son corps, sa
production, son rapport à l’environnement. De même, elles augmentent le pouvoir de contrôle, d’exploitation,
voire de nuisance, des personnes les mieux équipées, qu’elles soient des personnes morales ou physiques.
Alors jusqu’où peut-on aller dans l’exploitation de la donnée ? Les données d’une puce RFID peuvent être
utilisées de façon indiscrète ou illégale. Certaines techniques statistiques étudient les liens entre des données
a priori
non signifcatives et en déduisent des profls d’individus, d’opinions ou de comportements. Les risques
sont grands d’une utilisation abusive ou excessive de ces technologies et outils. Où se situe la frontière entre
les données exploitables et l’intrusion dans la
?
La question du progrès doit être posée au plan humain, sociétal, éthique.
?
Les innovations scientifques et technologiques posent évidemment de nouvelles questions (OGM, semences,
puces RFID, liberté et traçabilité…) et ce n’est pas dans le progrès par essence que vont se faire les avancées,
mais par le débat citoyen autour du progrès. Les grandes entreprises contribuant à ces innovations ont
une responsabilité dans ce débat. Leurs dirigeants peuvent y exprimer une vision associée à la culture de
l’entreprise, une vision capable de transcender les intérêts strictement fnanciers pour montrer la voie d’un
projet social et durable. Pour cela, les entreprises, donc leurs dirigeants, doivent s’inscrire dans un discours
vérité, conscients des impacts et porteurs de preuves en matière de performance durable. C’est ce que
préconise Emeline Pasquier, présidente et fondatrice de
Kumiut
,
en expliquant qu’une bonne démarche de
RSE consiste à : «
(…)
se donner les moyens d’être une entreprise de choix et d’engagements, une entreprise
qui dit ce qu’elle fait et qui fait ce qu’elle dit parce qu’elle sait qui elle est. Redonner à l’entreprise sa liberté
d’action, son utilité sociale
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».
En bref, qu’elle montre l’exemple.
Le statut de « personne morale » de l’entreprise comporte explicitement la notion de morale. Il appartient
donc à l’entreprise de démontrer, sur les réseaux et dans les médias, qu’elle met en actes ses valeurs de
responsabilité et de citoyenneté, qu’elle les incarne dans le discours et les actes de personnes physiques
(
collaborateurs, cadres, dirigeants). La force du numérique est de pouvoir apporter à la fois les gains et les
preuves de cet engagement durable.
,
en tant que partie prenante de la transformation numérique, joue un rôle majeur dans la performance
durable de l’entreprise. Il peut être promoteur d’un numérique responsable auprès des métiers. Il doit engager
les projets économiquement viables et responsables sur le plan environnemental et social, tout en étant au
cœur des projets de transformation de l’entreprise.
13
Emeline Pasquier, «
!
»,
in Le Cercle Les Echos, tribune
parue le 03.02.13.