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Entreprises & Culture Numérique
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Compte tenu de ces évolutions, le télétravail apparaît aujourd’hui davantage comme une des modalités de
participation aux communautés de travail en réseau des entreprises.
Ainsi, le travail à distance reste limité « en raison peut-être de la difficulté du dialogue social sur ce sujet.
La France n’apparaît même pas dans le classement de l’OCDE
10
».
La Fondation Terra Nova
11
confrme cette
analyse et suggère de développer le télétravail, notant que «
le numérique propose des opportunités
considérables dans ce domaine
».
En effet, pour Terra Nova, le télétravail est resté sous-utilisé dans les
entreprises françaises : «
Trop souvent mal comprise, la vraie évolution portée par le télétravail n’est pas de
permettre aux employés de travailler depuis chez eux, sur un poste fixe. Il faut au contraire permettre une
mobilité toujours accrue des employés, qui pourront travailler depuis n’importe quel lieu et selon des horaires
plus souples et choisis, grâce aux communications portables ».
La Fondation invite alors la puissance publique à :
«
encourager et favoriser le télétravail en
communiquant sur les possibilités désormais ouvertes par le Code du Travail et en incitant à des accords
collectifs à ce sujet, en mettant un cadre de régulation de ces nouvelles pratiques qui sera lui-même un
gage de succès »
et ajoute :
«
ce télétravail pendulaire doit également éviter toute forme d’intrusion mal vécue
par lessalariés».
D’où larecommandationde :
«
définirundroità ladéconnexionpouréviter lerisque intrusif et les
excès
».
Au-delà de la recherche de productivité, l’objectif est également de traiter des problématiques du
droit à la déconnexion.
Préserver la sphère individuelle de la connectivité
permanente
Le développement des interactions en réseau, fusionnant les
échanges personnels et professionnels, tend à favoriser toujours
davantage de communication et de réactivité. Parallèlement,
l’instantanéité apportée par les ressources numériques
s’accompagne d’une attente de réactivité dans les actions menées
et les réponses apportées par les collaborateurs.
Une contrainte de réactivité quasi-instantanée va entraîner des phénomènes de tension et de stress :
«
il s’agit en somme d’être toujours là pour autrui
».
Or, comme l’explique Pierre Antoine Chardel : «
le
problème est qu’à force d’être toujours là pour les autres, on court le risque de n’être plus là pour soi-même,
c’est-à-dire de négliger les moments de recentrement que nécessite tout exercice de réflexion préalable à toute
action sensée. Les connexions permanentes tendent à devenir des formes de servitude tout autant rassurantes
qu’oppressantes. (…).
L’étude pointe ainsi le droit à la déconnexion au nom de la dignité des personnes :
«
le temps déconnecté pourrait devenir un élément important des négociations entre les cadres et leur
hiérarchie
12
».
En entreprise comme à domicile, la performance relève également d’un équilibre sur les bonnes conditions
de travail. L’entreprise doit mener une réflexion sur l’éthique des usages des ressources numériques, au sein
d’une structure dédiée, telle qu’un Comité d’Ethique par exemple, afn de réguler les aspects d’équilibre vie
privée/vie professionnelle, de gestion des données, de bien-être au travail.
10
Volle, Michel (sous la dir.), (2011),
ibid
.,
p. 24.
11
Fesseau, Nelly, Lavenir, Gabriel, (2012),
Numérique, Renouer avec les valeurs progressistes et dynamiser la
croissance
,
Terra Nova, pp. 55-57.
12
Chardel, Pierre-Antoine, (2011), «
La transparence en question dans l’entreprise en réseau - Quelques considérations
éthiques pour le futur
»,
in Dartiguepeyrou, Carine (sous la dir.)
Cahier de prospective, Transformation numérique et
nouveaux modes de management
,
Fondation Télécom, p.87.
Isabelle Vialettes
DSI - Manutan