Entreprises & Culture Numérique
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Au-delà des outils et des processus, c’est bien dans une nouvelle culture et vers de nouvelles pratiques
responsables, que l’entreprise doit évoluer durablement.
Un des enjeux majeurs des grandes entreprises réside aussi dans leur capacité à répondre aux attentes de la
jeune génération ayant une forte appétence pour le développement durable au sens large, mais aussi pour
faire évoluer les habitudes de consommation des autres générations présentes dans l’entreprise. Il faut donc
accompagner le changement, éduquer, faire évoluer les pratiques, repenser l’organisation du travail.
Le travail à distance, une modalité structurelle de l’entreprise en réseau
Dans ce contexte, le travail à distance pourrait constituer une des
actions possibles mettant en jeu numérique et développement durable.
Le travail à distance permettrait à l’entreprise d’optimiser la capacité
de production des collaborateurs en acceptant qu’ils réalisent tout ou
partie de leur activité à domicile. Cette orientation n’est pas neutre,
elle reflète l’évolution de l’organisation du travail et de la mentalité
du management, longtemps basées sur une volonté de contrôle et de
centralisation des équipes.
Le travail à distance génère des gains en termes de performance
durable. Pour la société en général, la réduction de déplacements des
travailleurs représente une réduction de l’empreinte écologique. Selon
les géographes Edward Malecki et Bruno Moriset
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,
pour l’entreprise, le
travail à distance réduirait l’absentéisme, les coûts immobiliers locatifs
ou de fonctionnement.
Pour les salariés il entraînerait un gain de temps sur les transports, plus de disponibilité pour la famille, ainsi
qu’une réduction du stress et de la fatigue. Certaines études restent néanmoins sceptiques sur les bénéfces
d’une massifcation du travail à distance. En 2008, Malecki et Morizet estiment que le collaborateur améliore
dans un premier temps sa productivité, mais reste relativement coupé du management, entraînant à terme
une décroissance de la productivité.
Ils en concluent que c’est un outil d’intégration économique et sociale permis par le numérique, débouchant
sur une solution de nature individuelle et temporaire plutôt que structurelle.
Ainsi, pour lutter contre le risque d’isolement et de baisse de productivité du salarié, on voit se développer
de nouvelles organisations de travail collectif connectées, calquées sur des initiatives destinées initialement
aux
start-up
,
telles que La Cantine en France,
The Hub
en Autriche ou
The Cube
en Angleterre. Ces nouveaux
espaces de travail émergents sont des
hubs
géographiques. Ils regroupent des collaborateurs d’entreprises
diverses dans un lieu géographique situé à proximité de leur lieu d’habitation. L’entreprise vient au salarié…
Plusieurs facteurs permettent aujourd’hui de nuancer l’évaluation d’une baisse de productivité liée au travail
à distance :
-
l’évolution des pratiques de travail en réseau ;
-
l’accessibilité des outils de visioconférence ;
-
les nouveaux modes d’organisation du travail, basés sur la confance, favorisant l’autonomisation plutôt
que le contrôle ;
-
la prise en compte par les entreprises du caractère néfaste pour l’environnement des millions de
déplacements pendulaires.
Toutes ces composantes réhabilitent la pertinence et l’attractivité de cette solution. Elle a de grandes difficultés
à se développer en France, contrairement à d’autres pays, tant européens que d’outre-Atlantique.
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Malecki, Edward, Moriset, Bruno (2008),
ibid
.
Michel Spiri
Adjoint au secrétaire général
pour l’organisation et l’informatique
Banque de France