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Entreprises & Culture Numérique
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Pascal Viginier
DSI - Groupe Orange
Les entreprises anglo-saxonnes emploient l’acronyme IKIWISI pour caractériser ce phénomène de sanction
empirique, et
a posteriori
,
de la sélection d’idées (
I Know It When I See It
-
Je le saurai quand je le verrai). Dans
l’entreprise numérique, on ne sait jamais à l’avance si une bonne idée donnera un résultat satisfaisant ou si
une idée
a priori
négligeable débouche sur une application proftable : c’est face au résultat que l’on prend
conscience qu’une chose est réussie ou non.
A l’ère numérique, la capacité de l’entreprise à identifer rapidement
les tendances et les opportunités les plus favorables à l’évolution de ses
propositions de valeur, est de plus en plus le fruit d’un travail collectif. Le
partage de connaissances et les communautés collaboratives participent
de l’intelligence collective : elles constituent une formidable ressource
d’
inputs
et d’idées à disposition des grandes entreprises. Mobilisable
en interne comme en externe, grâce aux technologies de réseau, cette
émulation autour des idées doit être stimulante et pouvoir impliquer
tous les collaborateurs. Les outils de la mobilité contribuent à cette
dynamique de partage et d’ouverture : leur capacité à démultiplier en
temps réel les
inputs
au sein de l’entreprise et avec ses parties prenantes,
permet d’optimiser la performance et de créer de la valeur.
Les risques et résistances à prendre en compte
L’exploitation de ces technologies sociales ne va pas sans risque. Des abus existent, comme par exemple un
temps excessif passé sur des sujets internes ou externes via les réseaux sociaux, ou l’utilisation de médias
sociaux pour attaquer des collègues ou des managers. D’autres risques existent, liés à l’image de l’entreprise,
à des violations de la vie privée des consommateurs, à la fuite d’informations et au développement de la
Cela pourrait limiter la capacité d’une entreprise à développer les connaissances les plus révélatrices des
consommateurs.
Enfn, la nécessité pour l’entreprise de maintenir la sécurité de ses données tend à limiter la façon dont les
technologies sociales peuvent être appliquées.
En effet, l’évolution vers une mentalité d’ouverture ne va pas sans résistance dans les grandes entreprises.
La crainte reste grande de livrer les problématiques internes dans l’agora numérique. C’est là une des
transformations les plus difficiles en termes de culture d’entreprise.
L’espace de travail numérique, en local et en réseau, modife profondément la culture de l’entreprise, ses
savoirs, ses modes d’échange et de production de valeur. L’ouverture et le partage, l’intelligence collective,
doivent éviter la dispersion et la confusion pour pouvoir se transformer en ressources proftables pour
l’entreprise.
Il faut également sensibiliser aux risques des échanges sur les réseaux. Sur les bases d’une bonne vigilance
numérique, à installer dans les pratiques, les collaborateurs peuvent exprimer, capter et challenger de
nombreuses idées pour améliorer la performance de l’entreprise.
Pour autant, il appartient aux grandes entreprises de mesurer les conséquences de ces changements sur le
long terme, et de savoir choisir et adapter ces propositions de valeur à leur responsabilité sociale.