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Entreprises & Culture Numérique
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La solidarité, la confance partagée et le vouloir collectif sont des composantes importantes du travailler-
ensemble. Elles caractérisent l’état d’esprit d’une entreprise qui se voit, non pas comme une sélection
exclusive d’individus privilégiés par leurs compétences, mais comme un groupe ouvert et inclusif, dans lequel
toutes les formes de diversité sont des sources supplémentaires de performance et d’innovation.
A cet égard, Gilles Babinet signale que les personnes issues de la diversité sont fortement représentées
dans les entreprises numériques : «
Les start-up et entreprises de l’internet étant en effet l’un des rares
endroits où elles ne connaissent aucune discrimination, leurs différences étant souvent perçues comme des
avantages (…)
3
».
Comme le montrent les travaux de John Florida, la qualité de vie locale et environnementale est un critère
d’attractivité des villes et des régions pour attirer les jeunes talents.
Demême, le savoir-vivre et travailler ensemble dans lesmeilleures conditions est une composante à la fois de la
réputation et de la performance d’une entreprise. Celle-ci repose en grande partie sur la cohésion et l’entente
des équipes : «
L’entreprise « ouverte » ne répond pas aux mêmes critères de performance que l’entreprise de
«
l’excellence » des années 80. Elle met plus l’accent sur les capacités de transversalité, de collaboration,
d’écoute, d’empathie et d’altruisme, pour ne citer que celles-là. L’expérience du groupe Orange cherchant
à prendre en compte dans ses KPI’s (Key Performance Indicators) des dimensions plus altruistes, est en cela
intéressante
4
».
La RSE n’est pas spécifque au numérique, de même que le numérique n’est pas réductible à la RSE. Toutefois,
il nous semble important de nous interroger sur ce que le numérique apporte à la RSE. Notre conviction,
au-delà des promesses de performance économique est que le numérique doit s’inscrire dans une perspective
durable. L’objectif est de promouvoir une culture numérique s’inscrivant pleinement dans la responsabilité
sociétale de l’entreprise.
Des technologies socialement et économiquement émancipatrices
A l’intersection des sciences sociales, des démarches humanitaires et de l’ingénierie, apparaissent de
nouveaux programmes visant l’émancipation par la technologie (
Liberation Technology
).
L’objectif est
de favoriser les usages pouvant être faits de la technologie pour défendre les droits et les peuples,
autonomiser les populations fragilisées, promouvoir le développement économique. Brigitte Ades
et David Lacombled illustrent cette démarche : «
Une nouvelle efficacité numérique a été testée pour
Haïti, lors du séisme de 2010 qui a déclenché un élan de solidarité remarquable de par le monde. Grâce
aux téléphones portables, un service “Text Haïti” a été mis en place permettant la collecte de dons et
la coordination des organisations d’assistance aux victimes, par téléphonie
5
».
Les réseaux sociaux et la circulation immédiate de l’information ont été des facteurs de ralliement et de
mobilisation collective, essentiels dans la puissance du « printemps arabe » en 2010. Dans un autre ordre
d’idées, laparticipationbénévoledemilliersde
,
illustre lemêmephénomène.
Laculturenumériques’inscritdansunmouvementcollectifetsolidaire,susceptible,ici,defavoriserlaconsolidation
des aspirations d’unpeuple, là, de créer une formidablemine de connaissances en ligne. C’est ce que les auteurs
Nicolas Colin et Henri Verdier appelleraient la puissance de la multitude
6
.
Les grandes entreprises peuvent
s’inspirer des programmes de
Liberation Technology
,
pour leurs propres actions dans le domaine du
développement durable. Elles peuvent aussi imaginer comment ces fonctionnalités, faisant appel à de
nouvelles pratiques de solidarité, s’inscriront dans leur culture numérique d’entreprise.
3
Babinet, Gilles, (2011), «
in Le
Cercle Les Echos
,
tribune parue
le 4 avril 2011.
4
Dartiguepeyrou, Carine (sous la dir.), (2012),
ibid
.,
p. 23.
5
En 2012,
,
La villa numeris.
6
Colin, Nicolas, Verdier, Henri, (2012),
Entreprendre et gouverner après la révolution
numérique
,
Armand Colin.