Entreprises & Culture Numérique
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Agilité, rapidité et captation de valeur
La culture numérique crée cet état d’esprit permettant aux entreprises
et à leurs collaborateurs de s’ouvrir à l’ensemble de l’écosystème,
pour en démultiplier les opportunités. Pour Henri Verdier, la clé
du modèle de succès dominant (modèles dominants tels que ceux
proposés par les
pure players
en particulier) réside notamment
dans la capacité à capter le potentiel d’innovation et de créativité
de l’écosystème
6
.
La création de valeur des entreprises agiles profte
bien sûr des échanges et contributions ouvertes autour des usages
du numérique. Toutefois elle se combine nécessairement avec le
modèle précédent, plus fermé, reposant sur la propriété intellectuelle
(
brevets, droits d’auteur). Comme le soulignent Nicolas Colin et Henri
Verdier : «
Qu’on ne s’y trompe pas, ce parti-pris d’ouverture n’est
valable que dans certains périmètres de l’activité des entreprises. Chacun de ces acteurs a clairement
conscience du cœur de sa valeur et le défend sans compromission
7
».
L’agilité n’est pas seulement le fait des processus de l’entreprise numérique, elle nécessite des qualités
d’apprentissage permanent, de souplesse et d’adaptabilité pour gérer l’apparition quasi-incessante des
nouvelles technologies sur le marché : «
Nous vivons dans un monde (…) où circulent déjà 30 milliards de
puces RFID et 50 milliards d’objets communicants.
Un monde où un film comme « Avatar », composé à 70% de motion capture, génère trois milliards de dollars
de recettes en huit semaines. (…) Que vaudront ces chiffres dans un an ? Dans deux ans ? Ce qui est important,
ce ne sont pas les chiffres eux-mêmes, mais l’accélération. Plus personne ne travaillera, en fin de carrière, avec
les technologies de sa jeunesse
8
».
Les innovations sont de plus en plus systémiques. Lorsqu’elles touchent aux produits ou services, elles
s’accompagnent dorénavant d’innovations de procédés s’accompagnant elles-mêmes d’innovations
organisationnelles.
Dans
menée en collaboration avec le CEFRIO sur l’innovation par les usages et les
technologies numériques
9
,
il apparaît que l’intensité d’utilisation des technologies numériques dans
l’organisation, est corrélée à sa capacité d’innovation. Il apparait notamment que, ni le type de technologie
utilisée, ni le montant investi en équipement, n’ont d’effet sur l’innovation et la performance.
En revanche, l’intensité d’utilisation des TIC et les efforts consacrés à la gestion et au changement
organisationnel, ont un impact positif fort. Les changements organisationnels sont un facteur signifcatif pour
innover et tirer proft de l’innovation. La culture d’expérimentation et la tolérance au risque y contribuent
aussi signifcativement.
Ces innovations organisationnelles sont favorisées par l’agilité des méthodes de travail, par la capacité à mixer
différents profls de contributeurs, par des formes diverses de communautés, etc.
Les collaborateurs, sensibilisés aux nouvelles technologies, s’en approprient les usages sur un mode
dynamique ; par exemple en exploitant de nouvelles fonctionnalités, en développant des séances de coaching
interne pour partager leurs connaissances, etc.
Xavier de Broca
DSI - BPI
6
Verdier, Henri, (2010), «
Civilisation numérique - Un nouveau contexte stratégique pour l’entreprise
»,
in Lejeune,
Yannick, (sous la dir.), TIC 2025 -
Les grandes mutations
,
FYP Editions.
7
Colin Nicolas, Verdier Henri, (2012),
ibid
.,
pp. 24-25.
8
Ibid
.,
p.35
9
Collectif (2013),
L’innovation dans l’entreprise numérique : résultats d’une étude menée auprès des grandes
entreprises françaises
,
CEFRIO (en collaboration avec le CIGREF).