Entreprises & Culture Numérique
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Une prime à la culture numérique, catalyseur de l’innovation
Capter les opportunités, c’est activer l’intelligence collective et
.
Pensée oblique,
divergente, kaléidoscopique, les termes ne manquent pas pour caractériser la rupture avec les schémas de
pensée linéaires et traditionnels. Cela suppose de changer les règles et de donner une prime à l’audace, à
l’inventivité. Cette nouvelle donne dessine le profl du collaborateur de l’entreprise numérique. Selon les
géographes Malecki et Moriset
18
,
ce nouveau profl est orienté vers plus d’expertise et de créativité. Il est lié
à un changement sectoriel vers les services, fondamental dans la société postindustrielle, où la connaissance
est la matière première de la création de valeur. Plus complexe que l’information, la connaissance relève de
la compétence, de l’expertise, de la créativité : elle ne peut pas être numérisée.
Les auteurs se basent sur la complexité de la connaissance pour distinguer cinq niveaux de
complexité dans le travail de l’économie moderne : le savoir expert, la communication complexe,
le travail au savoir routinier, le travail manuel routinier et le travail manuel non routinier. Le travail
reposant sur la connaissance concerne les deux premières catégories. Pour le savoir expert, c’est
la recherche de solutions qui ne reposent pas sur des recettes établies. Ce savoir-là, ne peut être
«
programmé », mais les technologies de l’information peuvent aider les hommes à améliorer leurs
performances.
C’est entrer en interaction avec d’autres individus pour acquérir de l’information, expliquer, persuader et
impliquer les autres dans l’action. C’est le cas notamment des métiers qui exigent la recherche de solutions à
des problèmes complexes, nécessitant la collaboration de différentes équipes au sein de l’entreprise.
La demande est croissante, venant de collaborateurs créatifs, capables de « manier » et partager en équipe
leurs connaissances. Ces travailleurs sont des professionnels des nouvelles technologies et de la connaissance.
Leur culture commune est la culture numérique. Le numérique et les SI sont utilisés comme catalyseurs de
l’innovation.
L’objectif est de former les
e-leaders
de demain. La question des compétences et de la formation est cruciale
pour la compétitivité des organisations. C’est aujourd’hui un enjeu fort devant faire l’objet de réflexions
multipartites, portées à la fois par les institutions d’enseignement et de formation, le monde politique et les
entreprises, et ce au plan européen et international
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.
De nouveaux talents nécessaires pour diffuser cette culture de l’expérimentation
Audace, capacité à tester, improviser, adapter, parfois échouer et savoir rebondir de façon plus efficace, sont
des composantes attendues et à adopter dans les processus et les usages, à tous les niveaux de l’entreprise
numérique. Favoriser
,
déboucher sur des innovations, sont des actions perçues
comme un investissement nécessaire dans l’économie numérique, et non comme une dépense.
L’agilité des hommes et des systèmes, l’adaptabilité des usages, l’innovation, s’inscrivent de plus en plus dans
les processus numériques et il est important de ne pas les séparer de l’IT de l’entreprise.
La fonction SI a un rôle important à jouer sur plusieurs aspects de cette dynamique et auprès des métiers. Elle
doit le faire dans une démarche n’étant pas celle du savoir informatique expert, mais de la culture numérique.
Elle doit se positionner en ressource, participative plus qu’autoritaire, agile et prête à changer de cap, mais
en cohérence avec la stratégie globale de l’entreprise. Pour ce faire, la fonction SI, et plus globalement
l’entreprise, doivent se doter de nouveaux talents, créatifs, malins, curieux, avec des compétences transverses,
versés aussi bien dans la technologie que dans la connaissance du métier, sachant travailler en mode agile,
collaboratif et avec réactivité.
N’est-ce pas là un portrait plus positif de la génération Y dont il faut envisager les qualités en autant
d’opportunités pour l’entreprise numérique ?
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Malecki, Edward, Moriset, Bruno (2008),
ibid
.
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Les questions
d’e-competences
et
d’e-leadership
sont aujourd’hui partie intégrante de l’agenda digital de la
Commission européenne et ont une place importante au sein de la Grande coalition qui vient d’être lancée
récemment.