Entreprises & Culture Numérique
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Malone, Thomas W., (2004),
ibid
.
Les initiatives de décentralisation génèrent plus de performance. Erik Brynjolfsson et Lorin Hitt, du MIT, ont
constaté que les grandes entreprises ayant des processus de décision décentralisés (constituant des équipes
autogérées ou laissant plus d’autonomie aux individus), avaient de meilleures performances boursières que
celles conservant un modèle de décision traditionnel.
constitue une dimension très importante de la culture numérique, notamment dans le
monde professionnel anglo-saxon, où elle est désignée sous le terme
d’empowerment
.
Cette autonomie est
favorisée par les outils offrant une plus grande indépendance d’accès à l’information et à l’action, mais doit
l’être également par la hiérarchie.
L’autonomisation traduit également une certaine vision managériale. Vue des entreprises anglo-saxonnes,
l’autonomisation consiste à rendre le collaborateur capable de faire « par lui-même ». Il devient libre de faire,
sans dépendre d’un contrôle hiérarchique : il est autonome parce que l’organisation lui fait confance et qu’il
a accès à l’information. Dans une vision plus française du
leadership
,
on ne parle pas d’autonomisation, mais
de responsabilisation. C’est une notion différente : celui qui est responsable (
respondre
en ancien français)
doit assumer ses choix devant une autorité.
Revisiter profondément le rôle des managers
L’ouverture du dialogue et la transversalité des échanges, facilitées par les interactions en réseau, tendent
à aplanir la hiérarchie. Le développement de la culture numérique induit un changement radical de mode
de pensée et de comportement, notamment pour le management. Il doit repositionner sa relation aux
collaborateurs.
En premier lieu, l’objectif est de passer d’un schéma « commander et contrôler » à « inspirer, coordonner et
cultiver ». L’inspiration donne du sens à la mission, elle donne envie de s’impliquer. La coordination se focalise
sur les tâches à accomplir et leurs interrelations. Plus l’organisation est décentralisée, plus apparaissent des
besoins de communication horizontale, de pair à pair, ainsi qu’une nécessité d’objectifs partagés. Dans une
organisation décentralisée, un manager peut choisir le rôle de chef d’orchestre. Il essaie de faire adopter
ses vues par les collaborateurs, de convaincre les leaders d’opinion ou de fxer des mécanismes de marché
appropriés. Il peut aussi opter pour le rôle de facilitateur en aidant une équipe à fxer ses objectifs et à les
atteindre, voire combiner les deux.
Le mode d’organisation pyramidal hiérarchique des grandes entreprises est amené à évoluer vers un
fonctionnement plus collaboratif. Il repose sur des interactions horizontales, des échanges à tous les niveaux de
l’entreprise, et accorde une large initiative aux collaborateurs, faisant davantage appel à leur autonomie. Cela
implique un style de management basé sur le sens et la confance, et non sur un contrôle strict. Développer
la culture numérique de la communauté, c’est laisser l’envie et la compétence s’exprimer.
La génération numérique de demain, davantage formée sur la base d’une pédagogie transversale et
participative, fonctionnera en phase avec une culture managériale horizontale et participative. Au-delà de la
délégation de décision et de l’autonomisation des collaborateurs, la culture numérique favorise de nouvelles
modalités de
leadership
.
L’ouvrage de Thomas W. Malone,
The future of Work
6
,
est consacré à l’analyse des évolutions d’un modèle
d’entreprise fortement centralisé vers des modèles décentralisés. Ces évolutions sont rendues possibles
par les flux de communication à de nombreux niveaux, favorisant notamment l’adaptabilité, la créativité et
l’innovation. Ces formes d’organisation impliquent de nouveaux types de management, qui ne sont plus basés
sur le contrôle. Beaucoup de bons managers sondent, de façon informelle, leurs salariés sur les décisions clés.
Quelques entreprises ont fait d’un sondage formel de leurs salariés une pratique de management courante.
Les nouvelles technologies de l’information rendent possible ce type de prise de décision démocratique à une
grande échelle.