Page 31 - Gérer la diversité CIGREF-AFMD

Gérer la diversité du genre et de l’âge dans les équipes IT
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On considère généralement que le travail numérique repose autant sur un rapport
expressif qu’instrumental au travail. L’idée de passion va souvent de pair avec une
disposition à un fort investissement personnel dans le travail et une motivation
intrinsèque en termes de formation. Cette figure de l’informaticien passionné,
s’identifiant avant tout au métier avant de s’identifier à son employeur, préférant
l’importance de réseaux de sociabilités à l’échelle de petits groupes comme les
communautés de pratiques plutôt qu’une appartenance collective large, n’est pas
nécessairement genrée sur le principe, bien qu’assez caricaturale.
Il ne faut donc pas voir des différences de départ dans les considérations de carrière
et de rapport au travail chez les hommes et les femmes du numérique, mais bien
davantage
une forme d’angle-mort des politiques de gestion du personnel que les
anglo-saxons qualifient de
gender blinded.
Sous couvert de ne faire aucune différence
entrehommes et femmes, lemodèledominantmasculin tendà s’imposer implicitement
comme étant la norme…
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Le mode projet planifie bien le début et la fin des projets mais provoque des à-coups sur les jalons.
Mode projet ou régie : un rapport à l’imprévisibilité différent
Une illustration intéressante de cette problématique vient de la
différenciation entre deux formes
d’organisation du travail informatique : par projet et en régie.
Cette différenciation semble
plus opérante que la différence entre le travail en SSII ou au sein d’entreprises utilisatrices. En
effet, ces deux formes de travail se différencient fondamentalement par la question du rapport
au temps qu’elles induisent.
La question de l’imprévisbilité des processus de travail est une
tendance générale
qui caractérise bon nombre de secteur d’activité, et induit une pression
croissante à la flexibilité. De manière générale, dans tous les métiers, les sources de contraintes
sur les collaborateurs (accélération du travail…) sont passées des pressions hiérarchiques, aux
satisfactions clients et à la multiplication des normes (telles que les démarches qualité). Ainsi, la
distinction entre ce qui est planifié et ce qui est à prévoir est importante, et les femmes seraient
plus sensibles à ces aspects que les hommes. Non pas qu’elles soient réticentes, par nature,
à l’imprévisibilité, au changement, à la nouveauté ; mais elles le seraient cependant en ce qui
concerne la planification (ce qui ne signifie pas rendre tout prévisible) et à la structuration de
l’organisation. En conséquence,
l’organisation en mode projet serait paradoxalement
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moins
favorable à la progression de carrière des femmes, sauf lorsqu’elles montent dans les fonctions
de chef de projet.
A l’inverse, le travail en régie peut être caractérisé par une planification
plus stabilisée, mais comprend une autre source de risque, celle de la perte du lien social avec
l’entreprise employeuse, et de relations de prestations de service centrées sur les demandes des
clients qui ne permettent guère la construction de liens sociaux.
Focus...