Homo numericus a-t-il perdu la parole ?

3 septembre 2013 | ACTUALITÉS, Questionner le numérique

La culture numérique réduirait-elle la parole en face à face réel ? S’agit-il d’une nouvelle éthique des geeks ou est-ce un vrai phénomène sociétal et une des caractéristiques de la « culture numérique » ?

Certes, il est possible de faire appel à son smartphone et aussi à la téléphonie gratuite comme Skype, Viber, Tango, Fring, Hangouts, etc. pour communiquer avec la parole, comme le faisait, en son temps, Socrate sur l’agora, directement face au public ; ou également chacun d’entre nous avec les moyens du bord avant les années 2000. 

Mais les nouveaux comportements tendent à préférer l’envoi de SMS et de mails depuis les mobiles, les échanges via les réseaux sociaux, y compris dans un colloque où l’animateur recueille les questions via Twitter. On préfère faire apparaître à distance sur l’écran du destinataire le contenu de son propre écran plutôt que de s’asseoir autour d’une table et de le commenter oralement. On croit plus les préconisations de son GPS qu’une carte en papier. On préfère jouer sans mot dire avec son interlocuteur via le web, ou encore envoyer des messages et images animés à ses « amis » sur Facebook plutôt que de partager un moment de convivialité autour d’un film de vacances projeté sur un mur blanc1.

Même en open space, une demande d’entre-aide adopte parfois le canal numérique plutôt que de faire quelques mètres à pied et poser la question à son collègue, lui-même trop occupé à ses affaires au sein de la même équipe projet. Il y a certes de nombreux avantages à ces nouveaux usages.

Nous manquons de mesures précises sur ce plan, et le rapprochement entre la téléphonie, le multimédia, l’audiovisuel, l’informatique et les télécoms, joue incontestablement en faveur de l’action numérique, multicanal, qui se met au rythme de la pensée, en un seul clic. N’est-ce pas fabuleux, efficace, efficient et productif ?

La parole numérique est-t-elle le début de la solitude ?

Mais en lisant Sherry Turkle2  et son livre « Alone Together: Why We Expect More from Technology and Less from Each Other », je me demande si la diminution de la parole et de la communication humaine directe au profit de l’échange numérique ne favorise pas l’augmentation de la solitude ?

Alors que l’on n’a jamais autant commuté via internet, et que l’on n’a jamais eu à ce point le sentiment d’être « ensemble » à l’échelle planétaire, la diminution de la parole n’annonce-elle pas le déclin de la convivialité locale ?

Il reste heureusement la machine à café… pour se parler. Rien n’est vraiment perdu !

Gérard Balantzian
Consultant et Animateur de séminaires
www.cogouvernance.com

_____________________

1 01net, n° 779, p.78
2 Massachusetts Institute of Technology

ligne-fine

Modèle de maturité et d’audit de la gouvernance du numérique : le nouveau référentiel pour piloter la maturité de votre gouvernance numérique

Face à l’accélération des ruptures technologiques et à l’omniprésence du numérique au cœur des métiers, le Cigref, l’IFACI et ISACA France, lancent le Modèle de maturité et d’audit de la gouvernance du numérique (MAGNum). Ce successeur du GAGSI dépasse le cadre de...

L’approche low-tech au service de la résilience numérique des organisations : stratégies d’adaptation face aux fluctuations

Dans un contexte de crises multiples et de vulnérabilité croissante des systèmes numériques, le Cigref, en partenariat avec l’Institut du Numérique Responsable (INR), publie son nouveau rapport : « L’approche low-tech au service de la résilience numérique des...

Mise en œuvre de la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) : enjeux et perspectives pour les directions numériques

Dans un contexte de refonte et de simplification réglementaire majeure, la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) se pose en figure de proue. Mais au-delà de la conformité, un défi stratégique émerge : comment transformer cette exigence en...

Déclaration commune sur l’autonomie stratégique numérique et la souveraineté européenne – par les quatre associations européennes d’utilisateurs professionnels du numérique pour le sommet franco-allemand du 18 novembre

Télécharger le PDF en français Download the PDF in English Nous, représentants d'entreprises et d'acteurs économiques en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique, appelons les États membres et les institutions européennes à assumer pleinement leurs...