Le numérique nous a-t-il pris de vitesse ?

18 mars 2014 | ACTUALITÉS, Questionner le numérique

Nous Humains,
pouvons-nous encore faire face à l’accélération exponentielle du monde numérique?

Qui n’a pas remarqué l’accélération du monde qui nous entoure vit sur une autre planète !

Jusque-là, les humains ont toujours réussi à s’adapter aux évolutions de leur environnement. En ont-ils encore le temps désormais ou sont-ils emportés dans un tourbillon numérique qui les dépasse ?

Au fil des âges, toutes les technologies ont apporté leur cortège de bouleversements auxquels il a fallu s’habituer, mais aussi maitriser, contrôler, réguler… Il semble bien que notre patrimoine génétique soit naturellement équipé à la fois pour évoluer et pour faire face aux mutations que provoquent nos légitimes aspirations de progrès ! C’est du moins ce que l’on peut globalement constater à travers l’histoire de l’humanité. 

A chaque évolution, le temps dont l’homme dispose pour cette adaptation ne relève pas que de son temps individuel, celui que chacun de nous doit pouvoir gérer… Il relève d’un temps commun, celui que s’octroie la société pour relever ce défi sociétal et culturel. Individuellement, comme dans toute société animale, nous sommes soumis au principe de « sélection naturelle » où seuls les plus forts, les plus aguerris survivent. C’est aussi le cas pour les organisations, les entreprises… Mais cela n’empêche pas globalement la société de s’adapter. « Pertes et profits », dirait la métaphore comptable…

C’est selon ce principe que les sociétés se sont adaptées aux évolutions de leur environnement. L’homme s’est mis debout, il a inventé l’écriture jusqu’à la lecture numérique ! L’infographie qui illustre cette histoire reflète d’ailleurs l’échelle des temps qui ont accompagné les outils, techniques et supports d’écriture et de lecture.

Concrètement, la capacité que chacun a pu avoir jusqu’ici à bousculer ses rythmes de vie pour résister intégrer le tourbillon des évolutions sociétales ne fut guère significative au regard de celle, globale, de la société.

Qu’arrivera-t-il si trop d’humains à bord des organisations n’ont pas le « pied numérique » ?

L’accélération due au numérique ne risque-t-elle pas de déborder le ratio « acceptable » de sélection naturelle ?

Autrement dit, cette accélération exponentielle des évolutions numériques bousculant les facultés d’adaptation humaines, ne risque-t-elle pas de laisser un trop grand nombre d’humains sur le bord du chemin (débordés, dépassés, victimes de burn out…) ?

Est-ce que les entreprises, les institutions, la société dans son ensemble, ne risquent pas d’être affaiblies, appauvries par un mal-être latent si trop d’humains à bord n’ont pas le « pied numérique » ?

Le risque ne serait-il pas alors de vouloir compenser par toujours plus de prothèses numériques ? Jusqu’où ?

La société elle-même a-t-elle encore le temps de s’organiser face aux usages numériques ?

Les sociétés précédentes ont été capables de mettre en œuvre les garde-fous, les régulations, au fur et à mesure des besoins. On a inventé les bibliothèques pour organiser la conservation des textes quand l’homme a commencé à écrire, les passages à niveau avec l’invention du chemin de fer… On a fait des lois pour l’usage des armes, des codes pour organiser la circulation automobile, des brevets pour préserver la propriété industrielle, accordé des droits pour la propriété intellectuelle, Hadopi pour « la création et Internet »…

Chacun de ces ajustements sociétaux, chacune de ces limites, ont requis des temps de réflexion, des essais, des négociations, des aménagements de tous ordres. Des processus qui ont demandé du temps…

L’a-t-on toujours ce temps ? Par exemple, sommes-nous en mesure de répondre aux questions que pose l’impression 3D ?

Avons-nous déjà les réponses aux questions éthiques soulevées par les ambitions de certains géants du web ? N’avons-nous pas déjà été pris de vitesse ?

Des pistes d’espoir pour maitriser notre destin numérique ?

Il faut sans doute faire confiance à la nature humaine ! Quelques coups de semonces sont peut-être de nature à éveiller les consciences, au moins sur le fait qu’il n’y a pas « de temps à perdre » si l’on veut encore pouvoir maitriser en partie notre destin numérique.

Un début de piste avec l’histoire d’Internet, né il y a 25 ans d’une belle idée de partage et de gratuité, puis au fil du temps quelque peu dévoyé par des intérêts communautaires. Mais une levée de boucliers réclamant une « gouvernance mondiale » semble porter ses fruits.

Serons-nous assez prompts, le pouvons-nous, pour ne garder du numérique que les grands espoirs qu’il fait naitre, dans le domaine de la santé par exemple, et nous prémunir de ses dérives ? En avons-nous encore le temps ?

Chloé Petit
Ressources Humaines

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