L’édition 2026 du Rapport d’Orientation Stratégique (ROS) s’est nourrie des travaux de prospective stratégique portés par le Cigref ces 6 dernières années pour en tirer les principes essentiels et passer de la réflexion à l’action. Pensé comme un outil de projection et de mise à l’épreuve des impensés, ce ROS a pour but d’accompagner les dirigeants, en particulier les dirigeants du numérique, dans la formulation d’une réponse à ces deux questions :
- Comment construire et préserver des marges de manœuvre pour mon organisation, dans un cadre incertain, et face à une cible mouvante ?
- Quels choix dois-je faire aujourd’hui pour garantir un degré de liberté d’action à mon organisation demain ?
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L’édito du Président
« L’usage des technologies numériques par les grandes organisations, au service de leur performance et de leur compétitivité, reposera de manière croissante sur leur capacité à anticiper, à choisir, à adapter leurs trajectoires et, lorsque cela devient nécessaire, à reconstruire. Une telle dynamique impliquera de plus en plus de se construire des marges de manœuvre technologiques, économiques, de capital humain et d’écosystèmes. […] Ce rapport ne cherche pas à prédire le monde de 2040, ce n’est pas l’objet de la prospective. Il propose des repères pour s’y préparer, en agissant dès maintenant. Ces actions prises aujourd’hui sont les marges de manœuvre de demain. » – Emmanuel Sardet, Président du Cigref
Résumé de la structure du rapport
Le Rapport d’Orientation Stratégique s’articule autour de trois parties complémentaires conçues pour éclairer les choix de long terme des directions générales et numériques :
- Partie 1 : Scénarios de contexte
- Partie 2 : Messages clés et leurs principes d’action
- Partie 3 : Analyse prospective des champs de transformation
PARTIE 1 – SCÉNARIOS DE CONTEXTE
Cette partie modélise l’échiquier stratégique à l’horizon 2040, en croisant la dynamique de fragmentation de l’espace numérique avec le niveau d’exposition à la conflictualité mondiale. Son ambition est de proposer un éclairage sur les futurs possibles dans lesquels les grandes organisations et leur fonction numérique pourraient être plongées, sous la forme de quatre trajectoires non prescriptives.
Formation d’un bloc multi-régional de coalitions entre puissances moyennes

Face au duopole sino-américain, des États stratèges instaurent une troisième voie multilatérale pour préserver les biens communs stratégiques. En Europe, une avant-garde structure la « Communauté européenne du numérique et de l’énergie » (CENE), mutualisant les capacités critiques par coopérations renforcées. L’espace numérique, partiellement interopérable, demeure régi par la transparence, la portabilité et un certain État de droit. Dans cette configuration, les directions numériques évoluent au sein d’alliances interrégionales garantissant des corridors d’approvisionnement, ce qui permet de neutraliser l’influence hégémonique des géants technologiques et d’élaborer de nouvelles normes de marché.
Archipélisation des partenariats public-privé

Le multilatéralisme institutionnel s’effondre au profit d’une géopolitique polycentrique où prolifèrent des « archipels » d’alliances thématiques, bilatérales et opportunistes. Face aux vulnérabilités de tous ordres, la puissance et le pouvoir circulent en réseaux croisés et les frontières entre prérogatives publiques et privées s’estompent. L’Union européenne assumant une coopération à géométrie variable (généralisation de « l’opt-out »), le dirigeant numérique devient un diplomate technologique. Sa mission consiste à sécuriser les moyens de création de valeur, à commencer par l’accès aux ressources critiques (énergie, calcul, données) ou la mutualisation de capacités de cyberdéfense pour assurer la continuité d’activité au sein de consortiums industriels.
Colonisation numérique et techno-féodalisme

Le cyberespace se fracture sous la domination d’empires technologiques privés, agissant comme des quasi-États affranchis des régulations territoriales. Ces géants phagocytent peu à peu l’intégralité des briques technologiques et couches de valeur, des matières premières aux agents d’IA, imposant unilatéralement leurs standards. L’Europe, privée de relais souverains, subit une vassalité économique où l’accès à la technologie est conditionné à des allégeances implicites. Face à ces stratégies prédatrices, la fonction numérique mène un combat principalement défensif et asymétrique pour survivre à l’extorsion tarifaire en sanctuarisant le plus possible la maîtrise locale des codes sources, des opérations et de la confidentialité des données.
Bipolarisation sino-américaine exclusive

Le monde subit un « second Yalta », scindé en deux blocs technologiques hermétiques et antagonistes, sous la coupe de Washington et Pékin. L’Europe, reléguée au rang de terrain d’affrontement indirect, subit l’arsenalisation des dépendances réciproques. L’interopérabilité s’éteint : protocoles, modèles d’IA et câbles sous-marins « bifurquent », transformant le moindre choix d’infrastructure en marqueur d’appartenance civilisationnelle. Les entreprises sont acculées à des arbitrages binaires et contraintes de découpler leurs systèmes d’information pour opérer dans un cyberespace devenu un champ de bataille global, permanent et total.
PARTIE 2 – MESSAGES CLÉS ET PRINCIPES D’ACTION
Cette seconde partie traduit les conclusions de la recherche prospective en leviers stratégiques actionnables. Son but est d’aider les dirigeants, et tout particulièrement les dirigeants du numérique, dans leurs choix stratégiques de long terme pour piloter la valeur par les risques et gagner en compétitivité.
« D’ici 2040, l’industrialisation de l’IA s’accompagnera d’une mutation profonde des modèles opérationnels et de la nature même du travail »
- Principe d’action 1 – Mise en valeur des compétences numériques à l’ère de l’IA
- Principe d’action 2 – Maîtrise et usage raisonné des technologies d’IA
« D’ici 2040, la proposition de valeur de la fonction numérique sera déterminante pour la gouvernance, la stratégie et la compétitivité des organisations »
- Principe d’action 3 – Réappropriation technologique et ingénierie d’architectures
- Principe d’action 4 – Ancrage de la fonction numérique au COMEX
« D’ici 2040, le protectionnisme économique et les barrières réglementaires imposeront une reconfiguration globale des chaînes de valeur »
- Principe d’action 5 – Rééquilibrage des chaînes de valeur et d’approvisionnement
- Principe d’action 6 – Pilotage contractuel et manoeuvrabilité économique
« D’ici 2040, la conjonction de crises géopolitiques rendra les stratégies d’autonomie technologique indispensables »
- Principe d’action 7 – Gestion par les risques et garantie de la continuité d’activité
- Principe d’action 8 – Mutualisation des moyens de défense et alliances de confiance
« D’ici 2040, les arbitrages technologiques devront intégrer des critères discriminants en matière d’accès aux ressources et d’impact environnemental »
- Principe d’action 9 – Anticipation des tensions sur les accès aux ressources critiques
- Principe d’action 10 – Optimisation de la soutenabilité matérielle des modèles d’affaires
PARTIE 3 – ANALYSE PROSPECTIVE : LES 5 CHAMPS DE TRANSFORMATION
Cette partie propose une étude approfondie des transformations numériques en cours, sous la forme d’une cinquantaine de fiches. La finalité est de permettre aux dirigeants d’anticiper les tendances lourdes et émergentes, les incertitudes et ruptures afin de tirer des avantages compétitifs même des plus grandes vulnérabilités.
- Champ 1 – Économie du numérique
- Champ 2 – Géopolitique du numérique
- Champ 3 – Technologies et innovations
- Champ 4 – Numérique responsable
- Champ 5 – Travail et numérique
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Chaque année, le Cigref fait appel à des artistes, graphistes ou auteurs, afin d’illustrer par des images ou des mots son travail de prospective. Pour accompagner cette démarche exigeante, nous avons confié l’illustration du rapport 2026 à Fix (https://fix-dessinateur.com/ ).

