Ethique et Numérique, mise en perspective des concepts

3 janvier 2016 | ACTUALITÉS, Entreprises et cultures numériques

Aborder Ethique et Numérique sous l’angle des concepts

Dans le cadre des « Matinées de l’Ethique » de la SNCF, le CIGREF était convié à s’exprimer sur le thème « Ethique et Numérique ».

Jean-François PEPIN, Délégué Général du CIGREF, a invité chacun à réfléchir sur les deux concepts, celui d’Ethique et celui de Numérique, en précisant : « je parle à dessein de « concept » parce qu’un concept est une représentation que l’esprit humain se fait d’un objet de pensée et qui lui permet de rattacher – à ce même objet – les diverses perceptions qu’il en a. Chacun de nous porte son propre jugement, sur l’éthique et a sa propre opinion sur le numérique ». Il précise qu’un concept est souvent associé à la notion de contexte. La conceptualisation est en effet développée par l’interaction entre les sens, le langage et les facteurs culturels. Dit autrement, notre environnement socio-culturels influe sur nos perceptions, nos jugements, nos opinions.

Mais le concept est une unité cognitive de sens. Il s’agit d’une pensée qui est exprimée et formulée au moyen de mots, qui traduisent avec plus ou moins de précisions sémantique ce que nous pensons savoir, notamment ici de l’éthique et ce que nous pensons connaitre du numérique. Puisqu’il s’agit de mots, de facteurs culturels et de sens, nous sommes conviés à partager nos représentations individuelles de ces deux concepts. Le philosophe allemand Habermas considère d’ailleurs la discussion comme « l’essence-même de l’éthique ».

Une représentation partagée…

Pour Jean-François PEPIN, l’objectif est de parvenir à une « représentation partagée » du lien qui unit ces deux termes « Ethique ET Numérique ». Il commence par évoquer les convictions du CIGREF sur le concept du numérique, concept qui a inondé les médias et qui fait l’objet de nombreux ouvrages.

La singularité des travaux du CIGREF1 sur ce sujet, c’est qu’ils résultent non pas du travail d’un « gourou » isolé, ni d’un cabinet d’études ou de consultants ! C’est au contraire un travail collaboratif autour de la réalité des impacts qu’a le numérique au sein de nos entreprises « ici et maintenant ». Le CIGREF est convaincu que la réussite du  numérique passe par l’adoption d’une culture numérique au sein des organisations. Il rappelle que le CIGREF a été créé en 1970 à l’occasion du passage de la mécanographie à l’informatique ! La SNCF en est membre depuis 1971 !

De la déontologie des usages à l’éthique ! Quelques enseignements…

Les questions de Morale, de Déontologie et d’Ethique ont depuis longtemps2 été présentes au sein des travaux du CIGREF. Dès février 2013, il a ouvert un site pour « Questionner le numérique » et recueillir des contributions afin de construire une « conscience partagée » à partir des questions que soulève le numérique.

Récemment, il a travaillé sur l’Economie des Données personnelles (enjeux d’un business éthique) et organisé un colloque « Ethique et Numérique Quels enjeux pour l’entreprise ? ».

Fort de cette expérience et à la lueur des travaux ayant conduits à la publication d’un ouvrage à visée prospective « Entreprise 2020 à l’ère du numérique : Enjeux et Défis », on peut tracer quelques enseignements. Cet ouvrage présente en effet une vision des enjeux stratégiques et managériaux auxquels sera confrontée l’entreprise à l’horizon 2020, et des défis qu’elle aura à relever. Parmi les 9 enjeux et défis identifiés, Jean-François PEPIN souligne quelques-uns des principaux enseignements.

Réinventer les modèles d’affaires… ou disparaître !

Du fait de leur complexité, les grands groupes éprouvent souvent des difficultés à transformer leur organisation et à intégrer l’innovation. Beaucoup ont néanmoins compris que le fait de gérer leur rente ne leur assurerait plus la pérennité et qu’il leur fallait dorénavant faire évoluer les modèles d’affaires en permanence, afin de développer l’agilité de l’entreprise.

Il leur faut aujourd’hui « se réinventer » face à de nouveaux entrants qui eux, partent d’une feuille blanche ! Ces nouveaux entrants ont compris des choses « simples » mais « essentielles » : anticiper les besoins des consommateurs, privilégier l’expérience client, créer des partenariats stratégiques avec l’écosystème de l’entreprise.

La confiance pour multiplier les partenariats : seul on ne peut plus rien

Dès lors, pour les Grandes entreprises françaises, l’un des défis caractéristique est de multiplier les partenariats et de gérer le paradoxe entre, d’un côté, les ressources internes et de l’autre le marché qui impose une étroite collaboration pour mieux innover. Une relation partenariale repose toujours sur la confiance. Ainsi, il ne s’agit pas de « collaborer pour collaborer », mais de collaborer pour gagner ensemble, afin de créer des communautés qui engagent les clients et les collaborateurs.

Repenser l’organisation pour mieux innover

Pour réussir à multiplier les partenariats qui permettront d’innover, il convient de repenser l’organisation. Très concrètement cela signifie par exemple :
– Créer des plateformes digitales globales pour faciliter le travail des équipes et pour capter tant l’innovation que l’expérience client. Ces plateformes numériques sont essentielles dans la transformation des organisations.
– Capitaliser sur les réseaux sociaux et les communautés de fans.
– Transformer les compétences et adapter les ressources humaines pour reconnaître les démarches collaboratives.

Cela suppose : valorisation, reconnaissance, rétribution. Cela induit une réflexion notamment sur les notions de droit à la déconnexion, d’une prise en compte et de la gestion du stress, ou encore suppose la rédaction de chartes d’usages…

Valoriser les données et créer la confiance

L’entreprise ne pourra créer de la valeur à partir de l’exploitation des données qu’à la condition qu’elle apprenne à créer les conditions de la confiance dans l’utilisation des données clients. Il n’existe pas d’économie numérique sans confiance ! Un des défis à relever est donc de veiller à ce que les individus puissent s’approprier et gérer efficacement leur identité numérique. Déjà certaines entreprises ont entrepris une démarche pédagogique3.

Développer la culture numérique des femmes et des hommes

Développer la culture numérique des femmes et des hommes, c’est la démarche que la SNCF poursuit ce matin, à savoir : accompagner l’évolution des comportements et des pratiques en travaillant avec des équipes pluridisciplinaires (sociologues, enseignants, juristes) et en partageant les bonnes pratiques d’autres organisations.

La « culture numérique » est propre à chaque entreprise ! Il faut soit l’inventer en la construisant sur ce que sont les valeurs de l’entreprise. Soit la traduire en actions concrètes, identifiables par chacun des collaborateurs. L’émergence de cette culture numérique est le fruit d’échanges et de discussion entre toutes les parties prenantes : syndicats et direction, entre salariés et managers intermédiaires.

Renforcer l’e-leadership des dirigeants

Un autre enseignement agissant sur les enjeux stratégiques et managériaux de l’entreprise, c’est renforcer l’e-leadership des dirigeants. Ce sujet mériterait à lui seul une matinée de travail, tant l’absence de leadership constitue un frein clairement identifié au succès des démarches collaboratives, au même titre que le manque de clarté dans les objectifs. L’exemplarité des dirigeants est un enjeu clef !

Il s’avère essentiel tant dans l’engagement des démarches collaboratives afin de regrouper les métiers, de les faire travailler ensemble… que dans le fait de (re)donner régulièrement du sens aux actions, en regard de la stratégie     de l’entreprise et de la contribution des individus. Autre domaine où l’e-leadership est fondamental, la mise en œuvre de davantage de transversalité au sein des fonctions. Le défi est de donner à la fois plus d’autonomie aux acteurs, tout en sachant les faire travailler ensemble ! Ce paradoxe a été très bien exprimé par Professeur Jacques-Louis LIONS, Président de l’Académie des Sciences : « On nous entraine toute notre jeunesse à trouver, seul, la solution unique à un problème bien posé, alors que la vie consiste à rechercher, en équipe, les solutions multiples à des problèmes mal posés ».

Garantir l’éthique est le pendant de la confiance dans un monde numérique

L’éthique est bien plus qu’un simple garde-fou ! Promouvoir des règles éthiques coïncide avec les enjeux business. Avec le numérique, l’éthique est à la fois une affaire d’e-réputation pour l’entreprise ET une demande de plus en plus exigeante des clients.

Les données personnelles sont la clé de l’économie numérique. Dans le monde numérique on ne fera pas de business sans le respect de l’image de l’entreprise (tiers de confiance), ni le respect des clients, et de leur éthique.

  • En prolongement, l’intervention de Flora Fischer, Doctorante et chargée de Programme de Recherche au CIGREF, sur le thème « l’Ethique du Numérique ? ».

______________________

1 Association qui regroupe 140 Grandes Entreprises autour d’une mission « Développer la capacité des grandes entreprises à intégrer et maîtriser le numérique »
2 Travaux du CIGREF sur l’Ethique
– 2006 « Déontologie de l’usage des SI » en partenariat avec le Cercle d’Ethique des Affaires et le Cercle Européen des Déontologues
– 2009 : Travaux avec l’Observatoire de la Responsabilité sociétale des Entreprises « Usage des TIC et RSE »
3L’exemple d’AXA avec le « Guide du bon sens numérique »

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