innovation-numeriqueL’innovation a toujours été un facteur déterminant en matière de compétitivité pour l’entreprise, que ce soit par rapport à son secteur concurrentiel, pour asseoir sa compétitivité et pour assurer sa pérennité.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelle est l’influence de la culture numérique sur cette démarche essentielle à la compétitivité des entreprises ?

Etudes prospectives sur les processus d’innovation

Lorsque l’entreprise devient numérique, qu’elle s’interroge sur les stratégies à conduire dans la mise en place de ses nouveaux modèles d’affaires, elle ne peut pas ignorer l’influence des usages et technologies numériques sur ses processus d’innovation. Différentes études ont été menées en ce sens dans le cadre du Programme ISD de la Fondation CIGREF. Trois projets de recherche viennent de livrer leurs conclusions :

Innover dans une communauté apprenante

En conclusion de cette étude menée dans le secteur pharmaceutique en Chine, les chercheurs attirent ainsi l’attention des dirigeants pour leur permettre de mieux « innover dans une communauté apprenante » :

« Dans une industrie émergente, les infrastructures d’information peuvent se développer rapidement, avec peu de signes avant-coureurs. Les compagnies internationales doivent particulièrement prêter attention à ces signaux afin de trouver des opportunités de s’engager activement dans ce développement.
Les pratiques existantes d’un secteur peuvent apparaître bien plus résilientes qu’on ne l’imagine. Il faut comprendre leur origine historique avant de chercher à les changer. Malgré cela, le succès n’est pas garanti. Les entreprises ne doivent pas chercher à imposer des processus bien conçus sur ces pratiques, mais créer des lieux d’échange pour réfléchir sur ces pratiques et ouvrir la possibilité d’un changement ».

Innovation collaborative et co-création de valeur

Cette étude quant à elle donne entre autres quelques pistes de bonnes pratiques d’innovation collaborative et de co-création de valeur :

  • Créer une capacité d’innovation au niveau organisationnel
  • Créer une capacité d’innovation au niveau de l’équipe
  • Privilégier l’usage extensif des médias électroniques pour abolir la distance spatio-temporelle

Les chercheurs interpellent également le dirigeant sur l’usage de scénarios utilisateurs comme support de négociation.

Les places de marché de connaissances internes

La problématique étudiée par ce projet est de déterminer « comment optimiser la créativité collective en entreprise ? ». Les chercheurs attirent l’attention sur le rôle de la DSI et précise par exemple :

« la DSI ne peut plus agir comme un planificateur central, mais doit endosser les rôles des banques centrales. Il doit ainsi fournir une certaine liquidité quand les participants ne parviennent pas à échanger, quand ils manquent d’information ou sont trop occupés. Il doit également gérer l’économie interne de manière à favoriser une croissance optimale ».

Innovation et numérique en questions…

« …Le goût de l’innovation découle de dispositions entrepreneuriales. Numérique ou pas, l’innovation procède d’une disposition d’esprit et d’un management fondé davantage sur les valeurs que sur les règles… ». C’est ce que rappelle le chapitre V du livre « Entreprises & Culture Numérique » avant de questionner :

  • Dans quelle mesure la culture numérique constitue-t-elle un accélérateur ou au contraire un frein à la dynamique d’innovation ? Les accélérations, l’agilité, la précarité des nouveautés, ne condamnent-elles pas les entreprises à des innovations incrémentales, des innovations d’assemblage, plutôt qu’à de véritables innovations de rupture ?
  • Les innovations imposent de partager le savoir mais aussi de transmettre la connaissance. La transmission de règles ou de savoirs appelés à disparaître est-elle nécessaire ?
  • La trilogie « celui qui sait, celui qui fait, celui qui apprend » fait-elle encore sens dans une culture numérique d’innovation ?
  • Avec le numérique, peut-on encore évoquer le passé pour construire le futur ?

Des réponses à ces questions et vos expériences sont les bienvenues sur le site « questionner le numérique ». Elles contribueront à la réflexion engagée sur la culture numérique qui se met en place.

Les derniers travaux du CIGREF sur l’innovation vs numérique

Pour mémoire, deux des dernières publications du CIGREF abordent l’impact du numérique sur les processus d’innovation en entreprise :

CEFRIO-Indice-Innovation-03-2013L’indice de l’innovation par les technologies de l’Information et de la Communication

Cette étude internationale a été menée en partenariat avec le CEFRIO et HEC Montréal. Elle porte sur l’innovation par les usages et les technologies numériques.

Quelques-unes des conclusions de cette étude :
– Il faut se garder d’avoir une vision simpliste de ces innovations…
– On parle beaucoup de ces technologies, mais on les utilise peu…
– L’intensité d’utilisation des TIC dans l’organisation contribue favorablement et significativement à la capacité d’innovation…
– La taille et le secteur d’activité n’apparaissent pas comme des déterminants essentiels de la capacité à innover. Grandes comme petites, les entreprises qui utilisent intensivement les TIC accroissent leurs capacités d’innovation…
– Les modifications significatives à l’organisation, ou changements organisationnels, sont également un facteur significatif pour innover et tirer profit de l’innovation…
– Au sein des entreprises et organisations qui affichent un fort changement organisationnel, l’innovation a un effet sur la performance de marché…

CIGREF-contribution-IT-innovationLa contribution de l’IT à l’innovation : facteurs constitutifs des démarches d’innovation

Ce rapport réalisé par le Groupe de travail CIGREF sur « l’innovation dans les grandes entreprises » aborde le processus d’idéation qui prévaut à toute démarche d’innovation : « Sans idéation, pas d’idées, et sans idée, pas d’innovation » ! Il souligne donc l’importance de ce processus et précise les différentes phases de la démarche globale d’innovation : « Mettre en place une démarche d’innovation permet de susciter la rencontre entre les Métiers de l’entreprise sur des thèmes inattendus, voire décalés par rapport à la vision classique des processus d’entreprise. Elle est portée par le partage d’enjeux entre métiers et fonction SI, chaque partie amenant son expertise et son savoir-faire ».

Il précise en conclusion : « l’une des principales difficultés à la mise en place d’une culture d’innovation au sein de l’entreprise réside dans cette phase d’idéation qui doit être encouragée et supportée par le management de l’entreprise. Cette phase nécessite un changement d’attitude pour beaucoup d’acteurs, une ouverture d’esprit et l’acceptation de nouveaux codes (management, cadre de travail, droit à l’erreur, etc.). Comme pour beaucoup de nouveaux projets d’entreprise, un sponsor indiscutable est indispensable pour soutenir la démarche globale et particulièrement cette phase d’idéation. Sortie de cette phase délicate, la démarche d’innovation peut être considérée comme un processus comme un autre ».

En prolongement…

La définition de l’innovation du Manuel d’Oslo : « La mise en œuvre d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques de l’entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures ».

D’une manière plus générale, l’étude « la dynamique d’internet, prospective 2030 » rappelle (page 12) : « La puissance du numérique arrive à un stade où son impact sur le reste de l’économie, privée et publique, va se faire sentir avec une très forte acuité : les transports, la distribution, la finance, les services aux entreprises, la presse, mais aussi l’éducation et la santé, vont connaître des opportunités remarquables et donc des difficultés d’adaptation non moins sévères. Il ne s’agit pas de freiner ces évolutions, mais d’en accompagner les manifestations et de savoir les anticiper pour que les dégâts sociaux et industriels qui peuvent en résulter soient le plus possible minorés ; et trouver les relais de croissance qui préserveront l’industrie, l’emploi et la croissance. L’innovation sur les futures plateformes de l’internet sera à cet égard cruciale ».

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