Asterès publie une seconde étude commandée par le Cigref. Consacrée à la captation de valeur économique liée aux dépendances technologiques, elle dresse un constat inédit et sans appel. L’inflation tarifaire des services de cloud et de logiciels n’est plus seulement un défi budgétaire, elle devient une menace systémique pour l’économie européenne.
Dans une précédente étude, publiée en avril 2025 pour le Cigref, le Cabinet Asterès évaluait les dépenses globales des organisations européennes en services de cloud et de logiciel pour l’année 2024, à environ 400 Mds€ par an, dont 330 Mds€ (soit 83%) uniquement auprès d’entreprises américaines. L’étude mettait également en lumière que 80% de cette valeur était créée aux États-Unis. Ce sont donc près de 264 Mds€ (ordre de grandeur principalement retenu par les commentateurs) qui contribuent chaque année à l’économie américaine, y entretenant ainsi près de 1,9 million d’emplois directs, indirects et induits.
Pour cette seconde étude, dédiée aux conséquences des hausses tarifaires actuelles et projetées à 5 ans des services de cloud et de logiciel, Asterès a repris comme base de calcul l’estimation du volume total de dépenses en Europe sur ce marché (400 Mds€ par an).
Les informations clés :
- L’augmentation constatée des prix de cloud-logiciel sur les 3 dernières années était de +8,7%, la hausse prévue pour les 5 prochaines années est de +12%.
- Lissée sur 5 ans, l’inflation s’élève en moyenne à 140 milliards d’euros par an, à volume de dépenses constant et sans volatilité des prix des services d’IA. De ces surcoûts annuels, 93 Mds€ sortiraient définitivement du continent au lieu de financer l’économie locale, alors que ce montant est du même ordre de grandeur que le budget numérique annuel nécessaire à la réalisation du plan Draghi.
- La justification des surcoûts par de nouvelles fonctionnalités IA, imposées dans 40% des cas, ne rejoint pas la réalité des gains de productivité jugés théoriques à court et moyen terme par près de 60% des répondants.
- Les hausses tarifaires (140 Mds€) sont principalement compensées, dans les organisations, par une hausse de budget ou une réallocation de ressources (108 Mds€), avec impact négatif pour les achats auprès des ESN / les recrutements et la R&D / les investissements productifs.
- Le passage de plus de 50% des dépenses des Capex en Opex et la dynamique de mutualisation financière à marche forcée en faveur du développement de l’infrastructure IA est comparée à un « impôt » par le cabinet Asterès.
- Les surcoûts pourraient, si rien n’est fait et si rien ne bouge, représenter un manque à gagner annuel de 65 Mds€ pour l’économie de l’UE, par effet d’éviction et cercle vicieux pesant directement sur la compétitivité européenne.
- Au total, la perte nette en chiffre d’affaires (205 Mds€ par an) serait équivalente à l’impact de deux chocs pétroliers similaires à celui du détroit d’Ormuz ou au budget annuel de l’UE.
- Une réallocation de 15% des dépenses extra-européennes vers des acteurs régionaux permettrait d’éviter un manque à gagner de l’ordre de 120 000 emplois et 9 Mds€ de valeur ajoutée par an.
Cette étude est disponible en anglais (English version)
Une inflation insoutenable et décorrélée de la valeur réelle
Les entreprises et administrations publiques subissent une accélération brutale des tarifs : +8,7% par an sur les trois dernières années, avec une prévision de +12% par an sur les cinq prochaines années.
- La grande majorité des Directeurs du numérique estiment les hausses de cloud et logiciels injustifiées, et 71% d’entre eux jugent cette trajectoire non soutenable à l’horizon de 2030.
- Malgré la justification des surcoûts par les fonctionnalités d’IA et les outils associés, imposés dans près de 40% des cas, les gains de productivité générés restent théoriques pour la grande majorité des répondants.
Un effet d’éviction qui fragilise l’écosystème européen
L’étude révèle un cercle vicieux qui met en danger les capacités de production et d’innovation futures : pour absorber ces surcoûts, les organisations réduisent en priorité leurs autres dépenses numériques (47% des répondants) ou augmentent leur budget numérique global (33%). ESN locales, recrutements en Europe, R&D et investissements productifs servent alors de variables d’ajustement. À l’horizon 2030, le besoin de financement chiffré par le rapport Draghi est directement compromis par cette fuite de valeur :
- Pour les organisations, la hausse des dépenses de services de cloud-logiciel représenterait un surcoût de 140 Mds€ par an en moyenne, dont 93 Mds€ sortiraient définitivement de l’économie européenne.
- Pour l’économie européenne, le coût de cette inflation représenterait 205 Mds€ de CA, ce qui équivaudrait potentiellement à deux fois l’impact du choc pétrolier du détroit d’Ormuz. Cela se traduirait par un manque à gagner de 107 Mds€ de VA, 0.6 point de PIB et près de 1,4 million d’emplois.
« 140 milliards d’euros, prélevés chaque année sur des entreprises européennes en situation de dépendance, et en partie soustraits à notre capacité d’investissement : c’est quasiment comme un impôt qui ne dit pas son nom. »
Nicolas Bouzou, Directeur du cabinet d’études économiques Asterès.
Limiter les impacts : trois scénarios d’ici 2030
Asterès identifie trois scénarios susceptibles de mitiger cette trajectoire inflationniste dans les cinq prochaines années. L’un d’eux suppose d’activer le levier de la compétitivité européenne : augmenter la part de marché des fournisseurs locaux de 15%, permettrait ainsi de préserver 120 000 emplois et 9 milliards d’euros de valeur ajoutée par an.
« Le Cigref appelle les pouvoirs publics, tant au niveau national qu’européen, d’une part à prendre la mesure des conséquences prévisibles des dépendances technologiques de l’Union européenne en termes macroéconomiques et, d’autre part, à prendre toutes les dispositions pertinentes, avec l’urgence nécessaire, pour établir une feuille de route industrielle permettant de s’affranchir des scénarios les plus défavorables. »
Henri d’Agrain, Délégué général du Cigref
Nous remercions l’équipe Asterès pour ce travail de recherche et cette analyse macroéconomique. Merci également à nos partenaires européens Beltug, CIO Platform Nederland et VOICE pour leur participation à l’étude, et au cabinet Elée pour leurs échanges qui ont nourri l’étude.


