Asterès publie une seconde étude commandée par le Cigref. Consacrée à la captation de valeur économique liée aux dépendances technologiques, elle dresse un constat inédit et sans appel. L’inflation tarifaire des services de cloud et de logiciels n’est plus seulement un défi budgétaire, elle devient une menace systémique pour l’économie européenne.
En 2025, Asterès évaluait à environ 400 Mds€ par an, les dépenses des organisations européennes en services de cloud et de logiciel. L’ordre de grandeur de 264 Mds€ d’achats annuels, réalisés par des organisations européennes et bénéficiant à l’économie américaine, traduisait la fuite de valeur directe pour l’économie européenne. Cette estimation correspond à la valeur ajoutée créée outre-atlantique (80% de la valeur ajoutée) par des acteurs américains (83% des dépenses).
Cette étude est disponible en anglais (English version)
Une inflation insoutenable et décorrélée de la valeur réelle
Les entreprises et administrations publiques subissent une accélération brutale des tarifs : +8,7% par an sur les trois dernières années, avec une prévision de +12% par an sur les cinq prochaines années.
- La grande majorité des Directeurs du numérique estiment les hausses de cloud et logiciels injustifiées, et 71% d’entre eux jugent cette trajectoire non soutenable à l’horizon de 2030.
- Malgré la justification des surcoûts par les fonctionnalités d’IA et les outils associés, imposés dans près de 40% des cas, les gains de productivité générés restent théoriques pour la grande majorité des répondants.
Un effet d’éviction qui fragilise l’écosystème européen
L’étude révèle un cercle vicieux qui met en danger les capacités de production et d’innovation futures : pour absorber ces surcoûts, les organisations réduisent en priorité leurs autres dépenses numériques (47% des répondants) ou augmentent leur budget numérique global (33%). ESN locales, recrutements en Europe, R&D et investissements productifs servent alors de variables d’ajustement. À l’horizon 2030, le besoin de financement chiffré par le rapport Draghi est directement compromis par cette fuite de valeur :
- Pour les organisations, la hausse des dépenses de services de cloud-logiciel représenterait un surcoût de 140 Mds€ par an en moyenne, dont 93 Mds€ sortiraient définitivement de l’économie européenne.
- Pour l’économie européenne, le coût de cette inflation représenterait 205 Mds€ de CA, ce qui équivaudrait potentiellement à deux fois l’impact du choc pétrolier du détroit d’Ormuz. Cela se traduirait par un manque à gagner de 107 Mds€ de VA, 0.6 point de PIB et près de 1,4 million d’emplois.
« 140 milliards d’euros, prélevés chaque année sur des entreprises européennes en situation de dépendance, et en partie soustraits à notre capacité d’investissement : c’est quasiment comme un impôt qui ne dit pas son nom. »
Nicolas Bouzou, Directeur du cabinet d’études économiques Asterès.
Limiter les impacts : trois scénarios d’ici 2030
Asterès identifie trois scénarios susceptibles de mitiger cette trajectoire inflationniste dans les cinq prochaines années. L’un d’eux suppose d’activer le levier de la compétitivité européenne : augmenter la part de marché des fournisseurs locaux de 15%, permettrait ainsi de préserver 120 000 emplois et 9 milliards d’euros de valeur ajoutée par an.
« Le Cigref appelle les pouvoirs publics, tant au niveau national qu’européen, d’une part à prendre la mesure des conséquences prévisibles des dépendances technologiques de l’Union européenne en termes macroéconomiques et, d’autre part, à prendre toutes les dispositions pertinentes, avec l’urgence nécessaire, pour établir une feuille de route industrielle permettant de s’affranchir des scénarios les plus défavorables. »
Henri d’Agrain, Délégué général du Cigref


