Enseignants chercheurs & DSI à l’AIM2012

Pour réfléchir à un management éthique et responsable

C’était l’axe principal de travail « Vers un management responsable et éthique ? La contribution des systèmes d’information », retenu par l’AIM (Association Information et Management), pour sa conférence annuelle installée cette année à Bordeaux du 21 au 23 mai.

Pour lancer les réflexions de ce colloque, Marco de Marco, Professeur en SI à l’Université Catholique de Milan, analyse la place et le rôle de l’entreprise dans notre société. Pour lui, l’entreprise est un artefact. Sa responsabilité sociétale est d’accroitre le profit. La question de l’éthique se pose depuis longtemps. Il cite l’économiste Milton Friedman qui s’est interrogé en 1970 dans un article du New York Times : « se comporter de manière éthique peut-il être rentable pour une entreprise ? ». Il précise l’importance, pour l’entreprise aujourd’hui, du besoin de transparence avec toutes les parties prenantes et insiste : « Il faut établir un pont entre business ethics et computer IT : ne pas oublier l’éthique sur le seuil de la porte quand on rentre dans une salle informatique ». A titre personnel, Marco de Marco s’interroge : « Le DSI doit il être le nouveau garant de l’éthique dans l’entreprise ? Le CIO n’est-il pas responsable de la sécurité de ses salariés et de ses clients ? Le DSI, nouveau Directeur de l’éthique dans l’entreprise ? », avant de conclure : « Les nouvelles technologies transporteront les salariés vers leur domicile. On doit apprendre à conjuguer les dimensions SI avec l’éthique, c’est-à-dire le juste et l’injuste ».

« Adoption des TIC »

Dans cette session, Caroline Miltgen, Enseignant-chercheur en sciences de gestion, Maitre de conférences à l’Université d’Angers, présente son étude « A comparative approach to technology adoption : Explaining inter-technology variation in behavioral intention to adopt ». Elle explique les différences d’adoption selon les technologies en fonction de 4 caractéristiques :

  • La nature de la technologie hédoniste/utilitaire
  • La familiarité du public avec la technologie
  • Le niveau d’intervention de l’état
  • Le caractère intrusif de la technologie dans la vie privée

Elle conclut : « La confiance a un effet sur les risques et les risques ont un effet sur l’adoption. Plus la technologie est familière, plus l’adoption est aisée… ».

« Evolution et Innovations »

Au cours de cette session, le Professeur Sébastien Tran, CNAM/ M-Lab, Université Paris-Dauphine, évoque son étude et ses travaux de recherche sur le web 2.0 : « le Web 2.0 comme nouveau paradigme de l’entreprise ? ». Pour lui, il ne faut pas réduire le web 2.0 aux réseaux sociaux, il existe d’autres types d’outils. Pour l’entreprise, se pose la question de l’intégration des réseaux dans les processus de l’organisation et les pratiques de travail et quels modes de management ?

Sébastien Tran évoque plusieurs pistes de recherche :

  • Voir le web 2.0 comme outillage de certaines fonctions organisationnelles existantes sans changement de philosophie
  • Une redéfinition de l’architecture organisationnelle avec les outils du Web 2.0 comme leviers de la transformation organisationnelle
  • La technologie au cœur de la réflexion : création de nouveaux types d’organisation à partir de la combinaison de plusieurs outils du web 2.0
  • L’entreprise 2.0 comme modèle idéal : alignement entre outils du web 2.0, le modèle managérial et de gouvernance et la stratégie de l’entreprise (adhésion des acteurs, plasticité de l’organisation)

En conclusion, le web 2.0 ne conduit par forcément à l’apparition d’un nouveau paradigme de l’entreprise 2.0, et le recours au web 2.0 est avant tout un acte de management.

« SI et management des RH »

Cette session présidée par Michel Kalika (venu présenter l’état de la recherche sur les usages des SI lors du premier colloque de la Fondation CIGREF), Céline Averseng, IAE de Montpellier, Université de Montpellier II, présente son article « Manager les processus pour créer du sens ; un vecteur de résilience ? ». Sa problématique : une méthodologie particulière de management des processus permettrait-elle de mieux concilier les contraintes internes et externes de l’organisation ?
Elle conclut : « Une forte codification des processus peut contribuer, paradoxalement, à l’adaptation et la durabilité de l’organisation ».

Les projets d’ISD axés sur l’éthique

Au sein de ce colloque, un « séminaire DSI » est venu apporter un éclairage professionnel aux réflexions des enseignants chercheurs, avec notamment une table ronde, parrainée par le CIGREF et animée par Ahmed Bounfour, Professeur à l’Université Paris-Sud et coordinateur du programme international de recherche « ISD » de la Fondation CIGREF. Autour de lui pour envisager l’apport du Système d’Information en termes de management éthique, trois DSI : Georges Epinette, Directeur Général STIME, DOSI du Groupement des Mousquetaires et Vice-président du CIGREF ; Alain Moustard, DSI Bouygues Telecom ; Didier Roy, DSI Manpower France.

Le Professeur Bounfour a précisé que la question des valeurs sociétales et de l’éthique est au cœur des réflexions du programme de recherche en systèmes d’information menés par la Fondation CIGREF, avec trois projets de la seconde vague de ses appels à projets.

Il présente ces trois projets, dont les résultats devraient être livrés fin août 2012, avec l’ensemble des projets de recherche de la « Vague B » :

Un projet baptisé IDEGOV (Identification and governance of emerging ethical issues in information systems), piloté par l’Université de Montfort (Angleterre) et l’Université de Namur (Belgique).
Il touche aux aspects éthiques de la gouvernance du Système d’information à travers un certain nombre de grilles de lectures.
Il a surtout pour objectif de réaliser les pratiques professionnelles émergentes avec le numérique et de permettre de designer une gouvernance adaptée pour l’entreprise.

Présentation vidéo
Andrew Adams

Le second projet, dit DESVALDO (An East asian perspective on the developing ethical and social values of digital object usage), piloté par Meiji University à Tokyo travaille sur les usages des systèmes d’information. Il vise en particulier à analyser l’usage éthique en SI dans la zone asiatique, en particulier le Japon, la Chine, etc. Ce projet n’est pas neutre du point de vue de la recherche, mais également de la science pour les entreprises, parce que l’une des conclusions que l’on pourrait attendre, est de savoir si l’Asie en général et certains pays en particulier, considèrent la question éthique de la même manière qu’en Europe ou aux Etats-Unis par exemple. La question se pose de savoir si l’on va vers une parité entre l’Europe et l’Asie ou si les asiatiques ont une approche totalement différente, ce qui ne sera pas neutre pour les entreprises.

Le troisième projet, THEOP, (Tester l’Hypothèse de la « fin de la vie privée » dans la communication assistée par ordinateur : une approche par la modélisation multi-agent), est piloté par l’University of Greenwich (London) et l’EHESS (France). Ce projet s’inscrit dans la dimension sociale des projets d’ISD. Il teste l’hypothèse de la « fin de la vie privée ». Certains éléments de conclusion intéressants commencent à émerger, notamment la perception de tensions. Le fait de considérer l’hypothèse de la fin de la vie privée ne peut pas être examiné de manière univoque, mais dynamique, avec une tension très forte entre la volonté des individus de protéger leur vie privée, mais en même temps leur propre volonté de s’ouvrir au monde de devenir, d’une certaine manière, transparent.

Premières conclusions d’étapes de la Vague B du programme ISD

Si l’on regarde dès maintenant certaines conclusions d’étapes du programme, on s’aperçoit que l’on va, d’une part vers la question de l’élargissement de l’espace des entreprises : espace privé, espace communautaire. Même la grande entreprise en tant que telle change fondamentalement de forme, en particulier du fait qu’elle s’ouvre à de multiples parties prenantes qui vont être considérées différemment. Cela produit une tension de l’espace de création de valeur. D’autre part, on s’oriente vers un élargissement de l’espace de création de valeur dans la situation géographique, mais également avec l’émergence de deux espaces importants, celui de la mobilité devenant un espace en tant que tel, et l’espace numérique lui-même. Dans le capitalisme de demain, la dimension géographique s’étend, l’Asie étant l’un des continents de création de valeur, mais le numérique est déjà un espace central du point de vue des entreprises.

L’aspect tension est important, tension renforcée par l’accélération numérique. La problématique centrale pour la recherche, c’est l’action où l’espace temps, et probablement l’aspect temporel, doivent être considérés dès lors que l’on parle de normes et de comportements, mais également de pression exercée sur les parties prenantes et en particulier les collaborateurs. Cette accélération numérique soulève un certain nombre de problèmes, en particulier le fait qu’elle va exercer des pressions sur les individus, mais également comporter des risques et probablement des opportunités.

Du point de vue éthique cela va soulever nombre de questions dans les relations que l’entreprise va entretenir avec les clients, les collaborateurs et les fournisseurs.

Les interventions des DSI

La synthèse des interventions des Directeurs des Systèmes d’information sur le thème « Favoriser un management éthique et responsable, la contribution des SI ».

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