Et surtout comment se transforme la société !
Dès 2009, c’est cette grande question qui a inspiré le lancement du programme de recherche de la Fondation CIGREF qui commence dès à présent à tracer les contours de ce que pourrait être l’entreprise en 2020. Pour autant la question demeure dans bien d’autres dimensions de la société. En effet, les frontières entre sphère professionnelle et sphère privée s’estompent, justement avec le numérique et ses nouveaux usages, provoquant une interaction réflexive sur chacune d’elles. Désormais, différents secteurs se penchent sur la compréhension de ce « nouveau monde » en construction !
Pour comprendre
le numérique,
il faut apprendre l’informatique !
Les secteurs de l’éducation et de la formation sont parmi les premiers concernés par cette « révolution numérique ». S’il est important d’anticiper l’entreprise de demain, ça l’est également de savoir projeter ce que doit être l’enseignement à prodiguer aux générations en devenir ou les formations à proposer pour répondre au mieux aux attentes de la société et aux besoins des entreprises.
Pour Serge Abiteboul, directeur de recherche à l’INRIA, « pour comprendre le numérique, il faut apprendre l’informatique » !
En préambule de sa « leçon inaugurale » (Chaire d’Informatique et sciences numériques du Collège de France, le 8 mars 2012), Serge Abiteboul, citait Michel Serres : « Je ne connais pas d’être vivant, de cellule, tissu, organe, individu et peut-être même espèce, dont on ne puisse pas dire qu’il stocke de l’information, qu’il traite de l’information, qu’il émet et qu’il reçoit de l’information ». Il expliquait ensuite : « L’information stockée, traitée, échangée, est au cœur de l’activité des êtres vivants, des objets du monde, des associations humaines. Les systèmes informatiques, en nous aidant à gérer de l’information, représentée sous forme numérique, ont transformé nos vies en profondeur ».
Nul doute en effet que l’information, toujours plus présente sous forme numérique, transforme nos vies et qu’il soit besoin de systèmes informatiques pour nous aider à la gérer. Mais pourquoi faut-il apprendre l’informatique en tant que science ?
Apprendre à devenir des acteurs de la société numérique
Apprendre l’informatique, c’est apprendre les concepts qui permettent de comprendre les systèmes qui régissent l’usage des outils numériques. C’est apprendre à devenir des acteurs de la société numérique. Dès lors, pour apprendre l’informatique, il faut qu’elle soit enseignée en tant que science… Aux enseignants pour commencer afin qu’ils puissent transmettre cette science à leurs élèves ! Parce qu’enseigner l’informatique ne saurait se réduire à expliquer comment utiliser les objets numériques. L’exercice risquerait d’ailleurs d’être périlleux pour l’enseignant qui limiterait ainsi son enseignement, car pour ce qui est d’utiliser les outils numériques, ses élèves, les « Petites Poucettes et Petits Poucets », comme les nomme Michel Serres, ne sont pas maladroits !
Serge Abiteboul explique également, dans sa leçon inaugurale, qu’il s’agit de comprendre des « systèmes intelligents qui relèvent d’un questionnement tant philosophique que scientifique » : « Nous nous intéressons donc à des systèmes intelligents qui gèrent de l’information, la comprennent et la mettent au service d’utilisateurs humains. Cette dernière phrase tient volontairement d’une vision anthropomorphique des systèmes informatiques. Nous interagissons avec des machines chaque jour un peu plus autonomes, des machines chaque jour de moins en moins distinguables des êtres humains. Si l’intelligence d’un système de gestion de bases de données est une étape modeste vers l’intelligence artificielle comme définie par Alan Turing, l’intelligence de la Toile est un questionnement récent, tant philosophique que scientifique ».
C’est cette « science des données », telle qu’il la nomme, qu’il faut comprendre si l’on veut pouvoir s’inscrire comme un acteur de la société numérique. Savoir tracer le chemin des données quand elles deviennent « informations » puis évoluent en « connaissance ». Comprendre les problématiques de stockage et d’accès auxquelles le monde numérique nous confronte quotidiennement : « il importe peu de comprendre les détails du fonctionnement très complexe d’un processeur ou d’une carte graphique. Il est par contre essentiel de maîtriser les bases de l’algorithmique et de sa mécanique du raisonnement… et pour des questions de performance, il peut être utile de comprendre où l’information que nous utilisons est stockée, en mémoire, sur disque ou sur le réseau. Surtout, il est indispensable de comprendre le sens de cette information, comment elle est représentée, comment elle est organisée… ».
Le nouveau rôle des DSI
Les données prennent de plus en plus d’importance, les usages numériques poussent la porte de l’entreprise, obligeant à de « nouveaux modes d’organisation du travail » (BYOD, mobilité, cloud…), thématique d’un des Ateliers de la Fondation CIGREF.
Dès lors, si les collaborateurs au sein de l’entreprise appréhendent de mieux en mieux les outils informatiques, qu’ils deviennent ainsi progressivement de véritables « acteurs de leur univers numérique », quid des Directeurs des Systèmes d’Information (DSI) jusque-là souvent sollicités pour optimiser les conditions d’utilisation des solutions informatiques ?
Lors de cet Atelier de la Fondation CIGREF, Nicolas Monomakhoff, qui enseigne le management et la stratégie à l’ESCP, Centrale Lyon et Nantes, HEC, l’INET, avait abordé la question du nouveau rôle des DSI : « Les DSI nous semblent devoir devenir des ingénieurs de pratiques, devoir influer pour passer du processus à la pratique. Ils doivent aussi pouvoir éclairer sur les émergences, c’est-à-dire donner des moyens aux managers de prendre conscience que des choses nouvelles se passent, que de la création de valeur se fait et que, dans les communautés, on peut capter la valeur de demain ».
C’est aussi ce qu’exprime le « palmarès 2012 des 100 personnalités » du magazine « 01 Business Technologies », évoquant ces DSI qui font avancer le numérique en France et sont d’ores et déjà dans leurs entreprises « des dirigeants qui entretiennent la flamme »… et aident à comprendre le numérique !

